Conséquences linguistiques et identitaires du contact linguistique et dialectal à Cali (Colombie): le cas des variations de l'ordre des constituants

Résumé : La Colombie est un pays sociolinguistiquement très divers. Soixante-six langues indigènes et plusieurs variétés dialectales d’espagnol font partie du paysage sociolinguistique. Dans les grands centres urbains comme Bogotá, Medellín ou Cali, cohabitent non seulement des communautés indigènes minoritaires, mais aussi des populations rurales originaires de différentes régions du pays. Cela crée, dans les grandes villes, des situations de contact linguistique et dialectal qui méritent d’être étudiées dans une perspective sociolinguistique du fait de leurs conséquences linguistiques et identitaires. Dans cette thèse, je me suis intéressé, en particulier, à une communauté indigène quichua originaire de l’Équateur qui s’est installée depuis plus de cinquante ans dans la ville de Cali. Commerçants pour la plupart, les Quichuas de Cali sont dans une situation de contact asymétrique avec la société hispanophone majoritaire. Dans leurs répertoires linguistiques, on trouve la variété d’espagnol andin qu’ils ont apprise en Équateur, le quichua qui est leur langue ancestrale et la variété d’espagnol de Cali qu’ils ont adoptée à leur arrivée dans cette ville. Plus concrètement, dans leurs pratiques langagières, on peut observer des phénomènes de variation comme l’alternance de langues (espagnol-quichua) et des variétés dialectales (espagnol andin-espagnol de Cali), la simplification des systèmes pronominaux et des articles, la variation de l’ordre des constituants syntaxiques et des phénomènes de variation phonétique comme l’aspiration du phonème /S/. Je me suis intéressé en particulier à la variation de l'ordre des constituants dans la variété d'espagnol andin parlée par les Quichuas de Cali. Dans mon corpus de pratiques langagières recueillies in situ lors d’un travail de terrain de type ethnographique, j’ai observé une haute fréquence de constructions syntaxiques de type OV et des énoncés avec un constituant doublé (doubling). En voici quelques exemples : ella amiga nomás es (Lit. Elle amie seulement est), ah eso yo no entiende (Lit. Ah cela moi je ne comprends pas) ou encore, ahí yo vivo ahí (Lit. là-bas j’habite là-bas). Les travaux précédents sur l’espagnol andin (Haboud 1998; Merma Molina 2007; Palacios Alcaine 2013; Pfänder 2009; Muntendam 2009) proposent que ces constructions sont influencées par l’ordre des constituants du quichua (langue de type SOV) ou qu’il s’agit d’un cas de convergence linguistique entre le quichua et l’espagnol. Ils ont également suggéré que les facteurs pragmatiques ou stylistiques (Muysken 1984) peuvent motiver ce type de constructions en espagnol andin. Même si ces explications sont séduisantes, j’ai considéré, suivant le principe de la multicausalité (Thomason 2001; Heine & Kuteva 2005; Aikhenvald 2006), qu’il était nécessaire de chercher des explications plurifactorielles à ce phénomène. Ainsi, dans la perspective de la linguistique du contact et de la linguistique de la variation et du changement, j’ai proposé une analyse plurifactorielle (Chamoreau & Léglise 2013; Léglise 2013) de la variation de l’ordre des constituants dans la variété d’espagnol andin des Quichuas de Cali en partant de deux principes : (1) les phénomènes de contact sont le résultat de l’interaction de différents facteurs à la fois intersystémiques, intrasystémiques et extrasystémiques ; (2) l’interaction des facteurs peut être signifiante dans l’échange conversationnel, dans le sens où elle peut avoir des implications sur les positionnements subjectifs et intersubjectifs des locuteurs (Dubois 2002; Bucholtz & Hall 2005). J’ai donc essayé de montrer comment ces facteurs interagissent entre eux dans les résultats observés. Les résultats des analyses ont montré que la variation de l’ordre des constituants est plus fine que ce que les travaux précédents l’ont suggéré. De plus, il est extrêmement difficile de postuler que les variations de l’ordre des constituants sont produites exclusivement par le contact linguistique et/ou par les stratégies pragmatiques permises par la structure informationnelle de l’espagnol. La haute fréquence des constructions de type OV observée dans mon corpus est le résultat de l’interaction de plusieurs facteurs et le contact agirait comme un « effet boule de neige » (Thomason 2001) qui renforcerait leur productivité en espagnol andin. Enfin, à la lumière d’une analyse séquentielle de la conversation (Auer 1995), j’ai proposé des explications complémentaires qui ont mis en évidence le rôle signifiant que peuvent jouer les énoncés de type OV et doubling dans l’interaction sociale. En effet, ils contribueraient à l’expression de la différence et/ou de la similitude par le biais de positionnements identitaires éphémères des locuteurs lors de la conversation.
Type de document :
Thèse
Linguistique. Université Paris Sorbonne Cité, Paris Diderot, 2015. Français
Liste complète des métadonnées

Littérature citée [238 références]  Voir  Masquer  Télécharger

https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01314442
Contributeur : Santiago Sánchez Moreano <>
Soumis le : mercredi 11 mai 2016 - 14:15:55
Dernière modification le : jeudi 7 février 2019 - 01:32:53
Document(s) archivé(s) le : mercredi 16 novembre 2016 - 00:59:29

Licence


Copyright (Tous droits réservés)

Identifiants

  • HAL Id : tel-01314442, version 1

Citation

Santiago Sánchez Moreano. Conséquences linguistiques et identitaires du contact linguistique et dialectal à Cali (Colombie): le cas des variations de l'ordre des constituants . Linguistique. Université Paris Sorbonne Cité, Paris Diderot, 2015. Français. 〈tel-01314442〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

404

Téléchargements de fichiers

783