L'identité d'une ville nouvelle aux prises avec ses utopies fondatrices

Résumé : L'identité d'une ville nouvelle aux prises avec ses utopies fondatrices. Villeneuve d'Ascq, une utopie urbaine Les aménageurs, architectes et urbanistes qui ont pensé la ville nouvelle de Villeneuve d'Ascq puis l'ont construite, entre la fin des années 60 et les débuts des années 80, ont été soucieux de lui donner d'emblée une identité qui l'associe à la modernité de l'époque : espaces verts, équipements sportifs, lieux culturels, entreprises de nouvelles technologies, démocratie participative, mixité entre habitat individuel et collectif, et entre accession à la propriété et logement social i. Nous sommes entre la fin de la période de l'urbanisme planificateur, conduit sous la houlette des ingénieurs des Ponts et Chaussées et des services de l'Etat français, et les débuts de « l'urbanisme opérationnel » qui va trouver dans les villes nouvelles son terrain de prédilection. Apparaît une « nouvelle culture du territoire » ii qui promeut une réflexion approfondie et plus anthropologique sur les espaces publics iii , une grande méfiance vis à vis du fonctionnalisme, la mise en place de cadres d'action plus attentifs aux habitants, un intérêt pour les problématiques paysagères, l'émergence de l'idée de « recyclage » iv et une plus grande attention portée à l'existant. Ainsi les villes nouvelles sont-elles des transitions expérimentales entre la tabula rasa de la période précédente et l'urbanisme de projet qui émergera dans les années 90. On perçoit dans les propositions de l'Etablissement public d'aménagement qui porte le projet, en direction des habitants et des élus locaux, une difficulté certaine à prendre en compte sérieusement l'existant social et politique du territoire autrement qu'en termes de contraintes (ils gênent le bon déroulement du projet) ou de ressource (pour le patrimoine, pour donner un cadre « naturel » à la ville nouvelle…). L'impression domine que la ville nouvelle aurait idéalement du être édifiée sur du vide, et les 12 000 personnes qui vivaient sur le territoire avant sa création ne sont mentionné qu'incidemment dans les discours et dans les journaux municipaux de l'époque. Ils resteront peu visibles dans les décennies qui suivront. Mais d'un autre côté les discours sur la participation des « habitants » sont nombreux, trahissant un soucis bien réel d'édifier une ville qui soit plus « démocratique », d'abord chez les techniciens et aménageurs de l'établissement public, puis chez les élus de la ville nouvelle. Par de nombreux côtés, Villeneuve d'Ascq ressemble à la mise en oeuvre d'une utopie. Elle répond à peu près à la structure tripartite de l'Utopia de Moore v : critique de ce qui a précédé (ici la critique du fonctionnalisme et des « cités » jugés responsables de déshumaniser la ville) ; projet d'une société (d'une ville) plus harmonieuse ; conception d'un espace bâti qui joue ici entre la ville et la nature, porté par des institutions plus démocratiques ayant pour mission de « changer la ville » c'est à dire de passer d'un âge urbain ancien à un âge urbain nouveau. Elle est aussi utopie parce que ce que recouvrent les nouvelles idées sur la ville qu'elle exprime, vient conforter des utopies plus générales qu'avait fait émerger le mouvement social de 1968. La question n'est pas originale, elle a traversé la réalisation de la plupart des villes nouvelles vi. A Villeneuve d'Ascq, ces idées peuvent être résumées par un mot, celui d'ouverture qui sera décliné de diverses manières par les professionnels, par les élus, par les habitants. Villeneuve d'Ascq sera une ville « ouverte » sur les idées nouvelles, sur les hommes, sur le monde. Aujourd'hui, après bientôt 40 années, ces utopies n'ont pas disparu des souvenirs d'anciens habitants, d'architectes qui l'ont construite et de certains élus, même si concrètement elles semblent un peu difficiles à rencontrer. Elles possèdent une efficacité symbolique manifeste puisque que nous les avons retrouvées dans les propos de nouveaux habitants qui les revendiquent. L'hypothèse que je formulerai est qu'elles ont rejoint l'imaginaire identitaire villeneuvois, qu'elles appartiennent désormais à une forme de patrimoine immatériel qui s'incarne dans l'urbanisme de la ville. Nous verrons ainsi deux temps dans la construction de cette identité de ville. Au départ cette nouvelle utopie urbaine qui est en phase avec certains mouvements politiques et sociaux des années 60/70 ; ensuite les effets de l'expérience résidentielle qui fait ressortir d'autres valeurs comme le patrimoine, la nature, l'attachement aux vieux bourgs, ou la défense des intérêts locaux qui s'expriment dans des récits fondateurs parfois échangés avec les nouveaux arrivants. En conclusion nous évoquerons, au milieu des années 2000, la fermeture des espaces, et ce qu'il en est de ces « images de villes », pour reprendre l'expression de Ledrut vii , qui permettent d'approcher l'identité de Villeneuve d'Ascq.
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Chapitre d'ouvrage
Lucie K. Morisset (dir). S’approprier la ville. Le devenir-ensemble, du patrimoine urbain aux paysages culturels, Presses de l’université du Québec, 2015
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Contributeur : Michel Rautenberg <>
Soumis le : samedi 21 octobre 2017 - 10:04:14
Dernière modification le : mercredi 31 octobre 2018 - 12:24:14
Document(s) archivé(s) le : lundi 22 janvier 2018 - 14:00:56

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Michel Rautenberg. L'identité d'une ville nouvelle aux prises avec ses utopies fondatrices. Lucie K. Morisset (dir). S’approprier la ville. Le devenir-ensemble, du patrimoine urbain aux paysages culturels, Presses de l’université du Québec, 2015. 〈halshs-01620796〉

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