De Siwa au Caire, la fabrique du patrimoine se nourrit du désir des autres

Résumé : L'idée est de comparer la mise en patrimoine au Caire et à Siwa.
Si l'un des principaux modes de production du patrimoine est proprement stratégique, il faudra éclaircir ce que l'intervention au Caire sur le bâti du centre-ville et les jardins publics a pour visée (Battesti, 2006a). Ce processus patrimonial ne soulève aucunement les passions des foules, ne provoque pas de conflits faute de combattants. Pour autant, ce n'est pas une opération blanche. D'une part, on notera que ses agents sont précisément les héritiers d'une classe qui se sent dépossédée d'un territoire qu'elle espère reconquérir, et d'autre part toute tentative de redessiner, revaloriser, retoucher un cadre de vie coexiste inévitablement avec la volonté de redessiner les comportements, l'éthos urbain. Adoptant le vocabulaire d'une sociologie urbaine (Joseph, 1998), on dirait qu'en jouant sur les dispositifs, c'est sur les dispositions que l'on espère intervenir pour dresser et moraliser " le petit peuple ", stigmatisé comme sale, indiscipliné et infréquentable, pour peut-être réinscrire d'anciennes normes comportementales, aujourd'hui largement dépassées par l'invention par les classes populaires de nouvelles ambiances urbaines.
Pour ce qui est, ensuite, de l'oasis de Siwa, un phénomène contemporain très important de mise en patrimoine touche en particulier le bâti (Battesti, 2006b) et l'objectif est sans ambages le tourisme (même si l'on parle aussi de plus values en termes de qualité de vie pour les habitants).
Loin apparemment des problématiques à la mode de " patrimoine immatériel ", il s'agit dans les deux cas d'architecture : on est ici dans le concret, on est dans le lourd, on est dans le bâtiment. Cependant, l'un à Siwa s'invente son style traditionnel local pour le présenter comme authentique patrimoine aux étrangers, et l'autre au Caire exhume un passé clairement de tradition européenne, pour le présenter comme patrimoine de droit sur la scène locale et, me semble-t-il, évacuer " l'intru " (les dispositions des classes populaires) de la scène cairote moderne.
Les acteurs de la patrimonialisation, à Siwa et au Caire, parlent d'architecture pour finalement parler toujours d'autre chose.
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Contributeur : Vincent Battesti <>
Soumis le : lundi 11 janvier 2010 - 13:28:14
Dernière modification le : mardi 18 février 2020 - 12:12:39
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Vincent Battesti. De Siwa au Caire, la fabrique du patrimoine se nourrit du désir des autres. Égypte/Monde Arabe, CEDEJ, 2009, 3e série, 2009, Pratiques du patrimoine en Égypte et au Soudan (5-6), pp.69-101. ⟨halshs-00350121⟩

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