North-South Regionalism: A Challenge for Europe in a Changing World .

Résumé : L'aménagement et les autres politiques territoriales de l'Europe sont de plus en plus dépendants de ses relations avec le reste du monde. Les échanges croissants (migrants, commerce, capital, polluants) signifient une interaction territoriale croissante ; en outre, la vision que les Européens ont de leur place dans le monde influence les politiques de l'Union. De nombreuses décisions politiques supposées être purement internes à l'UE, sont en fait le fruit d'une telle vision.

Il y a trois représentations dominantes de l'Europe dans le monde : (i) le “continent”, vision qui décrit les territoires sous la forme classique – mais encore très utilisée – de continents ou d'aires civilisationnelle bornés ; (ii) la vision “centre-périphérie”, fondée sur la dissymétrie des relations Nord-Sud ; (iii) l'“archipel”, vision fondée sur l'organisation de l'espace par les réseaux et l'accessibilité de territoires éloignés. Chacune de ces visions traduit une part de la réalité. Elles ne sont pas contradictoires, mais doivent être distinguées car leurs impacts spatiaux sont assez différents, et parce qu'elles conduisent à des politiques territoriales très différentes.

La vision “continent” présente plusieurs avantages: pour les nouveaux Etats membres d'Europe centrale et orientale, qui bénéficieraient de subventions européennes et d'investissements privés venus de l'Ouest du continent ; pour l'ensemble du territoire de l'UE, du fait de l'essor rapide des Réseaux Trans-Européens ; pour l'Allemagne, qui renforcerait son rôle de territoire central en Europe. D'un autre côté, une telle vision comporterait de réels inconvénients : une acception restrictive de la Politique Européenne du Voisinage aurait un impact négatif sur les territoires périphériques de l'UE ; des échanges réduits avec le voisinage limiteraient le développement économique et territorial de l'Europe et ne permettraient pas d'en réduire le vieillissement.

La vision “centre-périphérie” changerait la géographie européenne du fait d'une intégration économique euroméditerranéenne forte bien que dissymétrique. Davantage que les périphéries orientales de l'UE, les territoires méditerranéens de l'UE bénéficieraient de cette nouvelle donne. A court terme, l'ensemble de l'UE en serait renforcé dans sa concurrence face à l'Asie et à l'Amérique. Cela dit, une telle stratégie ne serait pas fondée sur des activités intensives en technologie ; la délocalisation au Sud d'activités “3 D” (Dirty-Difficult-Dangerous) ne serait pas soutenable à terme ; et un fort contrôle des migrations limiterait à terme l'essor de l'Europe méditerranéenne, sans pour autant réduire le brain drain depuis la rive Sud.

La vision “archipel” comporterait d'indéniables avantages: la plupart des grandes villes européennes deviendraient des aires métropolitaines internationalisées ; l'Ouest européen, qui compte de nombreuses de ces villes, en tirerait un bénéfice important. En revanche, cela augmenterait les disparités territoriales tant au sein de l'Europe de l'Ouest qu'au sein des nouveaux Etats membres orientaux – qui perdraient en outre assez vite leur avantage comparatif du fait de coûts et salaires croissants dans leurs villes-capitales. La déstabilisation serait majeure sur la rive sud de la Méditerranée, du fait d'une libéralisation sèche des échanges à partir de 2010, en particulier dans l'agriculture (accélération de l'exode rurale vers les grandes villes et vers l'Europe).

Le texte montre qu'une vision souhaitable et possible pourrait comporter plusieurs des avantages des trois visions précédentes, sans leurs inconvénients. Elle est fondée sur l'idée que l'Europe et son Voisinage constituent une seule grande région mondiale, à l'instar du régionalisme Nord-Sud qui associe Amérique du Nord et Mexique, ou le Japon et ses périphéries en développement. Ici, la Politique Européenne du Voisinage devient centrale, à la fois pour réaliser la stratégie de Lisbonne et pour promouvoir l'ensemble des politiques territoriales de l'UE. Mettre sur pied une région Nord-Sud régulée demanderait deux principales innovations :

a) à côté des quatre libertés (de circulation des marchandises, des services, des capitaux et des hommes), il faudrait mettre en œuvre quatre principes d'action commune : la solidarité avec la rive sud de la Méditerranée (et, à terme, avec l'Afrique) ; le maillage du territoire régional (des services bancaires homogènes d'une rive à l'autre, un réseau de transport ou d'énergie intégré, une architecture compatible des diplômes pour promouvoir la mobilité) ; la complémentarité économique (mieux répartir la chaîne de la valeur entre les deux rives) ; des politiques communes pour la gestion des biens publics régionaux (notamment la qualité de l'air et de l'eau).

b) Les outils de la Politique Régionale Européenne devraient être largement utilisés par une telle PEV, afin d'aménager des territoires économiquement efficaces ; de faire face aux enjeux sociaux qui ont une dimension territoriale souvent déterminante ; de promouvoir des acteurs locaux indispensables à la démocratisation ; de coordonner les multiples actions Euromed par un Schéma de Développement de l'Espace Euroméditerranéen.
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Contributeur : Claude Grasland <>
Soumis le : vendredi 30 mars 2007 - 15:42:30
Dernière modification le : mercredi 4 juillet 2018 - 23:14:05
Document(s) archivé(s) le : mardi 18 septembre 2012 - 11:46:45

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Claude Grasland, Pierre Beckouche. North-South Regionalism: A Challenge for Europe in a Changing World .. 2007. 〈halshs-00138851v3〉

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