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Conference papers

« Troubles dans la vision. Constitution et critique de la norme visuelle aux XVIIIe et XIXe siècles »

Résumé : En 1771 est publié, à Londres chez Jean Nourse, et à Paris chez les Marchands de Nouveautés, un petit opus de 84 pages intitulé L’Aveugle qui refuse de voir. D’abord anonyme, son auteur est par la suite présenté comme étant Cerfvol, ou le Chevalier de Cerfvol, dont l’identité est aujourd’hui encore objet de débats. À travers un dialogue entre un oculiste (nous dirions aujourd’hui un chirurgien ophtalmologiste), avide de renommée, et un aveugle mendiant qu’il veut à tout prix opérer de la cataracte, cet ouvrage s’attache à réfuter le préjugé selon lequel « un aveugle ne refuse pas de voir le jour », au moyen d’une double critique du primat de la vue et de la société inégalitaire de la fin du XVIIIe siècle. L’Aveugle qui refuse de voir est réédité en France en 2013 par la maison d’édition Les Doigts Qui Rêvent. Aux États-Unis, c’est William R. Paulson qui le fait sortir de l’oubli en lui consacrant, dès 1987, plusieurs pages de son ouvrage Enlightenment, Romanticism, and the Blind in France. Selon Paulson, qui s’inspire de Michel Foucault, L’Aveugle qui refuse de voir est une critique « du projet des Lumières de remédier à toutes les exclusions, imperfections et injustices, au moyen de théories et de pratiques rationnelles », de son « ambition de réduire toutes les formes d’altérités au compréhensible et au contrôlable ». Au croisement des études critiques sur le handicap (Critical Disability Studies) et de l’histoire de la philosophie, nous proposons de prolonger cette première étude par ce questionnement : comment L’Aveugle qui refuse de voir révèle-t-il le « potentiel subversif » de la cécité dans son aptitude à « troubler » (DisHuman Manifesto, 2015) la norme visuelle et la société qui l’a produite ? Nous envisageons de replacer d’abord ce texte dans son contexte, et d’indiquer que la conception toujours actuelle de la cécité comme objet médical, c’est-à-dire déficience à traiter, s’origine dans la rationalisation de la chirurgie oculaire au cours du XVIIIe siècle européen. Nous soulignerons ensuite que L’Aveugle qui refuse de voir articule une contestation de cette représentation et une critique du libéralisme économique, et réinscrirons enfin cet opuscule dans la philosophie des Lumières, pour montrer que la critique de la norme visuelle ne la traverse pas moins que le topos du retour à la vue.
Document type :
Conference papers
Complete list of metadata

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03381254
Contributor : Marion Chottin Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Saturday, October 16, 2021 - 10:17:01 AM
Last modification on : Tuesday, January 4, 2022 - 6:11:43 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03381254, version 1

Citation

Marion Chottin, Corinne Doria. « Troubles dans la vision. Constitution et critique de la norme visuelle aux XVIIIe et XIXe siècles ». « Le handicap, un opérateur pour interroger les normes ? », ALTER, European Society for Disability Research, Apr 2021, Rennes, France. ⟨hal-03381254⟩

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