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Regards croisés d’André Laurie, Zénaïde Fleuriot et George Alfred Henty sur la Commune de Paris

Résumé : L’article étudie Aigle et Colombe (1873) et Bonasse (1880) en comparant ces deux romans de Zénaïde Fleuriot avec Autour d’un lycée japonais (1886) et Le bachelier de Séville (1887) d’André Laurie et A Woman of the Commune (1895) de George Alfred Henty. De part et d’autre de la Manche, en dépit de rôles très divers pendant l’événement et de convictions religieuses et politiques divergentes, voire antagonistes, Zénaïde Fleuriot, André Laurie et George Alfred Henty ont mis en fiction la Commune de Paris de manière consensuelle à plusieurs égards. Tous les trois interprètent ce moment historique comme une guerre civile, c’est-à-dire, selon eux, comme la pire des situations à laquelle un pays peut être confronté. C’est pour cette raison que les écrivains conservateurs que sont Fleuriot et Henty placent leurs héros, non pas aux côtés des Versaillais qui vont rétablir l’ordre que célèbrent leurs récits, mais dans une position intermédiaire qui leur permet d’opérer entre les deux camps la médiation qui n’a jamais abouti dans la réalité historique. Dans la même logique, Laurie, l’ancien communard, place ses propres personnages dans le camp de vaincus et l’un d’entre eux provoque, même, sa propre défaite, privilégiant ainsi l’unité nationale au détriment de la cause qu’il défend. Vus sous un tel angle, les deux mois de la Commune de Paris ne sont un hapax pour aucun des trois auteurs qui replacent tous l’événement dans une continuité à l’intérieur de l’Histoire française ou mondiale. Fleuriot et Henty montrent ainsi la Commune de Paris comme la répétition des heures les plus sombres, selon eux, de la Révolution française. En gommant les enjeux spécifiques de l’événement, Henty et Laurie l’intègrent à l’Histoire mondiale. Ils montrent ainsi que la seconde moitié du dix-neuvième siècle est une période de guerres civiles en Occident comme en Extrême-Orient. Sous la plume des trois écrivains, la Commune de Paris n’est ni un hiatus historique, ni un épisode dépourvu de signification. Tout au contraire, elle conduit chacun à définir et à formuler sa propre vision d’un monde idéal. Chez Fleuriot, ce monde épouse les frontières de l’Hexagone. La romancière invente une société où la pratique de la charité et de l’obéissance chrétiennes annule et remplace la lutte des classes. De plus, de manière symétrique à Jules Ferry défendant la nécessité de dispenser un enseignement républicain aux jeunes filles pour que celles-ci puissent « élever [leurs] maris »1, la romancière montre que sa société catholique repose sur les femmes. Henty et Laurie élargissent la vision à des degrés divers. Le premier offre une piste pour offrir un avenir à la France que son héros a défendue les armes pendant le premier siège de Paris et il montre le caractère fructueux des échanges entre Français et Anglais. Mais, dans la logique de son œuvre romanesque où la société idéale n’est pas à inventer puisqu’il suffit de se rendre dans l’Angleterre victorienne pour la découvrir, il renvoie son héros chez lui à la fin du récit. L’intérêt des échanges entre Français et Anglais est au cœur des Vies de collège, une série qu’André Laurie a conçue et commencé à écrire pendant son exil à Londres. Si Laurie n’aborde pas la question sociale dans sa série, c’est pour emmener son lecteur à travers le monde en lui montrant que l’oubli des divisions passées au profit de la participation de tous au progrès de la nation, que l’éducation intellectuelle, physique et morale de la jeunesse, que l’innovation technique et que des partenariats économiques internationaux sont la garantie d’un avenir meilleur pour la France et pour le monde, de l’Europe à l’Extrême-Orient.
Document type :
Journal articles
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03277480
Contributor : Isabelle Guillaume Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Saturday, July 3, 2021 - 4:04:50 PM
Last modification on : Tuesday, October 26, 2021 - 4:52:08 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03277480, version 1

Citation

Isabelle Guillaume. Regards croisés d’André Laurie, Zénaïde Fleuriot et George Alfred Henty sur la Commune de Paris. Le Rocambole. Bulletin des amis du roman populaire, Association Les Amis du Roman Populaire, 2021, La Commune en romans, pp.153-172. ⟨hal-03277480⟩

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