Renoncer pour partir, partir pour renoncer ? La dimension exilique des migrations autonomes

Résumé : Nombre de travaux sur l'exil l'associent au déracinement, à la perte, à la nostalgie 1 qu'entretient l'impossible retour sur des lieux fondateurs. Plus discrètes, moins médiatisées, sont les situations d'exil vécues sur les lieux mêmes du chez-soi, des lieux à partir desquels se pose la question du vers où aller. L'exil dont il sera question dans cette contribution ne concerne qu'une infime part de la communauté des exilés laquelle comprend la part toujours plus nombreuse de celles et ceux qui tentent de rejoindre l'Europe ou l'Amérique-la Méditerranée étant l'une des plus grandes fractures de la planète avec la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis 2-sans parvenir à leur destination du fait des barrières et des murs érigés aux frontières ou encore parce que la mort tragique les empêche de réaliser leur dessein. S'intéresser aux migrant.e.s qui quittent volontairement leur pays natal invite à considérer une expérience moins traitée de l'exil, une expérience qui touche des personnes solidement établies dans un territoire. Pour autant, migrer volontairement-si l'on admet que cette catégorisation puisse être signifiante pour ces exilé.e.s-ne revient pas à induire que les migrant.e.s se déplacent dans un espace du libre-choix, que les lieux où ils se fixeront sont dissociés de la géographie intime qui forme leur volume mental 3 et que les contraintes n'entraveront à aucun moment le déroulement de leur parcours. À l'inverse, il s'agit de questionner ce qui se joue dans ces migrations contemporaines 4 , en restituant la profondeur historique et mémorielle des espaces de vie et des choix de localisation dans la construction des parcours. C'est pourquoi, il convient de rendre compte de cette association entre migration autonomique et exil, de comprendre pourquoi la mobilité voulue, assumée comme telle peut être une réponse à l'exil 5 en même temps qu'elle le produit. Cet article se donne donc pour objectif d'explorer la relation complexe qui associe le vécu de l'exil aux lieux du chez-soi en essayant de cerner le projet migratoire 6 sur lequel elle repose. Pour étayer cette réflexion, nous nous basons sur un corpus d'entretiens approfondis menés auprès de migrant.e.s ayant quitté leur pays natal-Australie, Allemagne, Belgique, Suisse, Canada, Côte d'Ivoire-sans qu'ils y soient contraints car ils disposaient, sur place, dans la majorité des cas, de toutes les ressources et conditions-professionnelles, matérielles et autres-qui les autorisaient à rester.
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Contributor : Constance de Gourcy <>
Submitted on : Saturday, July 13, 2019 - 9:51:42 PM
Last modification on : Tuesday, July 16, 2019 - 1:23:56 AM

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Constance de Gourcy. Renoncer pour partir, partir pour renoncer ? La dimension exilique des migrations autonomes. M.J. Domestici-Met et Nuselovici A., (dirs). Mobilités contemporaines : de l'exil à l'expatriation, 2019, 978-2-7314-1137-9. ⟨hal-02182930⟩

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