Tour de Lozari : une tour littorale génoise du XVIe s. : Corse, Haute-Corse (2B), Belgodère : Rapport de fouille

Résumé : La tour de Lozari est une tour littorale génoise circulaire aujourd’hui partiellement ruinée. Elle est dérasée sur deux tiers de sa circonférence presque jusqu’au niveau du cordon qui distingue de façon classique dans les tours génoises circulaires, la partie basse tronconique de l’élévation cylindrique des étages. Sur le dernier tiers, elle est détruite largement en dessous du cordon et le parement extérieur du mur est arraché presque jusqu’au rocher La fouille réalisée en janvier 2015 a porté sur l’espèce de plateforme sommitale formée par le dérasement de la tour et le comblement de l’intérieur par les gravats de destruction. En préalable au projet d’aménagement en belvédère sécurisé, il s’agissait d’étudier la partie haute du remplissage qui avait livré au diagnostic un niveau de sol, des niveaux de comblement de la tour livrant du mobilier archéologique moderne et aussi l’amorce d’une voûte en partie basse. La fouillé réalisée a permis d’étudier sur environ 2,90 m de hauteur la stratigraphie complexe du remplissage de la tour qui comprend des unités stratigraphiques ayant un fort pendage. En outre, elle a mis au jour sur plus de la moitié de sa circonférence le reliquat d’une voûte et de son mur de support chemisant l’intérieur de la tour. La tour n’a donc pas été totalement fouillée. La stratigraphie du remplissage de la tour révèle que ce dernier s’est fait en plusieurs fois et que même détruite ou partiellement ruinée la tour a été utilisée. Lors d’un état précédent la destruction, la partie tronconique de la tour était couverte par une voûte en coupole polygonale. Elle est bâtie en grandes pierres plates liées par un mortier de chaux blanc très résistant. Elle s’appuie sur un mur de pierre dégagé seulement sur 1,2 m de haut et prend le jour d’une ouverture donnant vers le nord à travers le mur périmétral. Le mur support est construit de façon assez sommaire avec un mortier de chaux et il inclut les éléments en bois du coffrage de la voûte. Les traces en creux des boisages verticaux supportant les couchis scandent de façon régulière son parement. Á l’arrière du reliquat de la voûte, et sur l’arase du mur support, une couche de terre sableuse constitue ce qui reste de la terre recouvrant la voute et supportant le sol de la pièce du premier étage. Dans l’espace intérieur de la tour, les couches étudiées sont postérieures à la destruction de la voûte. Le niveau le plus ancien fouillé est en forme de cône, appuyé en partie haute sur le bord du mur de support de la voûte et plongeant vers la base et le centre de la tour. Il livre du mobilier céramique (céramique a stecca, céramique modelée, faïence, faune) qui est en première analyse de la seconde moitié du XVIe s. Il recèle aussi des éléments de dallage en schiste vert et quelques fragments de plaques d’ardoise comportant des graffiti. Au-dessus une couche plus hétérogène comprend aussi des briques. Elle livre également du mobilier céramique ainsi qu’une monnaie génoise de 1655 et une balle en plomb. Du côté de l’ouverture, cette unité stratigraphique au toit assez horizontal est recouverte par deux fins niveaux de fonctionnement charbonneux entourant la baie ménagée dans le mur. Une analyse rapide des charbons de bois indique la présence de fragments de paille et de grains d’orge éléments qui paraissent indiquer l’utilisation d’un sous produit du battage (litière ?, matelas ? combustible ?). Presque tout l’espace de la tour est alors rempli par une épaisse couche de sable graveleux qui noie les reliquats de la voûte. Du mobilier archéologique est bien présent (céramique a stecca, céramique modelée, faïence de Montelupo, faune) datable en première analyse de la seconde moitié du XVIe siècle. C’est sur ce niveau que repose une couche de démolition d’un mètre d’épaisseur comprenant beaucoup de blocs, des pans de maçonnerie et des briques. Il livre aussi du mobilier mais avec des éléments plus récents (fragment de pipe en terre). Le toit de cette épaisse couche est le support du niveau de sol observé au diagnostic : c’est une trace d’une occupation récente probablement liée à la présence italienne pendant la Seconde Guerre Mondiale. Á l’extérieur de la tour, un dégagement a été réalisé jusqu’au substrat sur une largeur de moins d’un mètre à la base de la tour et sur les deux tiers de sa circonférence. Il a permis de fouiller dans une petite auge naturelle ayant servi pour le gâchage du mortier de chaux un reliquat de niveau de sol pédologique qui a livré du mobilier archéologique et de nombreux éléments de faune. Cette fouille partielle de la tour de Lozari rend compte de l’histoire architecturale de cette dernière en révélant un mode de construction peu étudié pour la voûte supportant le premier étage. Elle livre aussi, en stratigraphie, de nombreux éléments de la culture matérielle (vaisselle, armement) et des pratiques culinaires et alimentaires des différents occupants depuis le XVIe siècle.
Document type :
Reports
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02050569
Contributor : Maxime Seguin <>
Submitted on : Wednesday, February 27, 2019 - 11:35:13 AM
Last modification on : Monday, March 11, 2019 - 6:02:15 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02050569, version 1

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Citation

Laurent Vidal, Vianney Forest, Maxime Seguin, Véronique Abel, Céline Bressy-Leandri, et al.. Tour de Lozari : une tour littorale génoise du XVIe s. : Corse, Haute-Corse (2B), Belgodère : Rapport de fouille. [Rapport Technique] FB08023001, Inrap. 2017, pp.83. ⟨hal-02050569⟩

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