Dangereuses victimes. La peur des jeunes filles « irrégulières » de la Traite des blanches à l’invention des neuroleptiques (Belgique, 1880-1960)

Résumé :

La peur des jeunes filles ; comment fonctionne cette oxymore dans les représentations sociales ? Et le paradoxe n’est-il pas, justement, constitutif de cette peur bien particulière, surgissant d’une figure familière et inoffensive ? En effet, à travers le discours savants comme les portraits de la jeunesse « dangereuse », les filles semblent moins inspirer la peur que les garçons. Elles sont jugées plus faibles et moins violentes, ce que confirment les statistiques criminelles dès le XIXe siècle, et l’imagerie populaires : les filles Apaches sont l’exception et sont rarement menaçantes[1], les jeunes parricides sous la loupe des experts-psychiatres sont des monstres froids et dénaturés, dont on nie la qualité juvénile et féminine[2]. Contrairement aux garçons pour lesquels la violence –ou certaines de ses formes- est incorporée à leur identité sociale, car constitutive de la masculinité[3], la violence des jeunes filles apparaît le plus souvent, lorsqu’elle surgit, comme impensable, monstrueuse, ou pathologique. Imprévisible car refoulée, cette violence féminine suscite une peur à la hauteur de l’inattendu qui la caractérise.

Quand et comment surgissent ces épisodes de peur à l’égard des jeunes filles ? Quels en sont les enjeux, ou, plus précisément, de quoi la panique morale qui s’embrase alors tait elle le nom ? Entre les velléités de protection des faibles qui animent certains groupes réformateurs, et les angoisses morales ou sanitaires nationales, l’écart est grand. Nous nous arrêterons sur trois temps, trois épisodes qui, au delà des évènements, tracent une évolution de la perception du problème : la campagne contre la Traite des blanches, à partir de l’affaire dite « des petites anglaises », qui éclate à Bruxelles en 1880 ; l’élargissement de la question de la Traite à la « délinquance sexuelle » des mineures, qui cristallise une véritable peur sociale au moment des deux guerres mondiales en Belgique ; le glissement de la dépravation sexuelle à l’ « inadaptation » sociale, manifestée par la peur de la rébellion féminine, dans des années cinquante marquées par la montée en puissance de l’expertise des sciences du psychisme.

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Contributor : Okina Université d'Angers <>
Submitted on : Friday, November 16, 2018 - 11:57:21 AM
Last modification on : Saturday, November 17, 2018 - 1:18:22 AM

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  • HAL Id : hal-01924808, version 1
  • OKINA : ua12356

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Citation

David Niget, Frédéric Chauvaud. Dangereuses victimes. La peur des jeunes filles « irrégulières » de la Traite des blanches à l’invention des neuroleptiques (Belgique, 1880-1960). L’ennemie intime. La peur : perceptions, expressions, effets, Presses Universitaires de Rennes, pp.177-190, 2011, Histoire, 978-2-7535-1481-2. ⟨hal-01924808⟩

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