Chapitre x Si proche, si loin La « condition d'absent » à l'épreuve de l'éloignement géographique

Résumé : Le modèle de l'intégration, longtemps structuré autour de la figure du migrant économique a désormais laissé place au modèle de la circulation organisé autour d'aller-retour entre les lieux de départ et ceux d'installation (Peraldi, 2002 ; Tarrius, 2002 ; Urry, 2005). Ce modèle qui cherche à rendre compte de configurations multiples d'appartenance à des cercles de sociabilités élargis est spécifique d'une étape de la modernité caractérisée par le désenclavement des secteurs d'activité, la porosité des organisations sociales ainsi que par la production du désajustement (Martuccelli, 1999). En favorisant les investissements multi-situés, ces circulations ont permis de mettre en lumière la continuité des attaches et des appartenances entre les individus en mobilité et leurs groupes de référence. Pourtant, la « double absence » (Sayad, 1999) propre aux migrations fordistes, liées au contexte colonial et post-colonial, s'éclipserait-elle de nos jours à la faveur d'une « double présence » et de la perception d'un proche qui ne s'est jamais vraiment éloigné ? En définissant un nouveau mode de présence ici et là-bas, le modèle de la circulation ne risque-t-il pas d'occulter la production culturelle, sociale, langagière, affective que l'éloignement et l'absence peuvent susciter ? Dans les récits migratoires, l'absence est rarement désignée en tant que telle ; elle apparaît en filigrane dans l'évocation d'un éloignement, dans le rappel, parfois nostalgique, de souvenirs attenants à un groupe dans un espace pris comme lieu de référence, « lieu anthropologique » associé à une mémoire, à des relations attachées à cet espace (Agier, 2008 ; Augé, 1992). Elle se déploie à travers un champ sémantique mobilisant des termes tels que l'éloignement, la distance, la solitude, le manque, autant de termes récurrents dans les discours, dont le référent est néanmoins rarement mentionné. Elle se manifeste également à travers des formes de présence lorsque revient l'absent, présence ostensible véhiculant des marqueurs de l'ailleurs, un ailleurs évoqué comme relevant d'un univers éloigné, « étranger ». Qu'est-ce donc que l'absence et quelle est la place de l'absent dans nos sociétés où le mouvement est un fait social saillant ? Comment se laisse-t-elle saisir quand l'introduction d'espaces dédiés aux communications permet l'entretien des liens en tous lieux mais aussi, désormais, à toute heure ? Comment les personnes éloignées vivent-elles l'absence et dans quelle mesure celle-ci est-elle significative voire révélatrice d'une façon de vivre la migration? Nous tenterons de répondre à ces questions à partir d'un corpus constitué de récits migratoires d'Algériens résidant, ponctuellement ou durablement, en France. Deux raisons justifient ce choix : La première tient à l'affirmation paradoxale selon laquelle en France, dans ce pays moins qu'ailleurs, l'absence se fait ressentir. Ce paradoxe relève de l'histoire commune entre
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01875617
Contributor : Constance de Gourcy <>
Submitted on : Wednesday, October 3, 2018 - 10:52:51 PM
Last modification on : Monday, November 26, 2018 - 3:34:33 PM
Document(s) archivé(s) le : Friday, January 4, 2019 - 1:00:15 PM

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  • HAL Id : hal-01875617, version 1

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Constance de Gourcy. Chapitre x Si proche, si loin La « condition d'absent » à l'épreuve de l'éloignement géographique. Mobilité/migration : quelle actualité des concepts ? in Ortar Nathalie, Salzbrunn Monika, Stock Mathis (eds.) Aix-en-Provence, PUP, collection Sociétés contemporaines., pp.155-165, 2018. ⟨hal-01875617⟩

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