La culture est-elle soluble dans la concentration économique ?

Résumé : La culture est, de façon écrasante, une affaire privée en France. Sur la totalité de la production culturelle de référence telle qu'elle est recensée par le Département des études, de la prospective et des Statistiques du ministère de la Culture 1 , on estime à 18% la part de la production non-marchande (c'est à dire dont le prix représente moins de 50% du coût de production par un important niveau de financement public) et à 82% celle de la production marchande 2. Mais si le secteur non marchand pèse d'un poids relativement limité, il occupe une place considérablement plus importante en termes d'orientation globale du domaine culturel. C'est le plus souvent lui qui assume les fonctions de pépinière, de défrichage et de soutien des esthétiques émergentes, celles-là même qui seront ensuite couronnées, ou non, par les réseaux, le marché et/ou l'institution. L'intervention publique, elle-même, se situe au carrefour entre les deux. Elle se justifie-depuis Keynes-par l'idée que le marché n'est pas en capacité d'offrir services et bien culturels dans des conditions satisfaisantes de qualité et de diversité sociales, artistiques et territoriale. Plus la culture procède des intérêts, moins elle est intéressante, pourrait-on dire. Depuis plus d'une décennie, alors que la culture 3 marque globalement le pas en termes de chiffre d'affaires, des phénomènes de concentration se développent. A tout seigneur tout honneur, au carrefour entre culture et communication, entre contenus et contenants, se trouvent les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Leur rôle majeur provient non seulement de leur puissance économique, mais aussi de leur capacité de préemption des innovations qui fourmillent dans la galaxie des start-up. On a récemment vu à quel point ces géants contemporains disposaient de la capacité, d'une main, à obtenir des pouvoirs publics des facilités d'installation qui faussent la concurrence, tout en contestant à ces mêmes autorités le plus élémentaire pouvoir en démocratie économique : l'ajustement de la fiscalité sur les espaces de profit. En outre, alors que les 87,1 milliards de chiffre d'affaires consolidé du domaine culturel en France correspondent à 597000 emplois 4 , les chiffres sont respectivement de 4,4 milliards et de … 5000 emplois pour Amazon en France 5. En culture, un emploi correspond donc à 145 000 euros de chiffre d'affaires. Chez Amazon, il en faut 880 000. Une piste pour éclairer les stratégies de développement de l'emploi, sans même évoquer la fragilisation de toute la chaîne du livre, par exemple, qu'implique le tapis rouge déroulé devant elle. Face à ce phénomène, peut-on encore invoquer Joseph Schumpeter et son concept de « destruction créatrice » 6 sans s'interroger sur son efficience et son incidence dans des domaines aussi spécifiques que celui de la culture ? Les enjeux de la concentration dans le domaine culturel concernent plusieurs secteurs, trop différents pour que ce papier se donne pour objectif d'en faire l'analyse détaillée. 1 Le périmètre que considère le DEPS est harmonisé à l'échelle européenne. Il comprend les sous-secteurs suivants : agences de publicité, arts visuels, architecture, audiovisuel, enseignement culturel, livre et presse, patrimoine et spectacle vivant. 2 Tristan Picard : Le poids économique de la Culture en France en 2015, Culture-Chiffres, DEPS 2017-1 3 La culture est ici au singulier en tant que raccourci du domaine culturel, et non comme croyance à l'unicité ou à l'univocité de « la » Culture, dont le caractère pluriel est l'une des bases de notre raisonnement ici.
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Contributor : Emmanuel Négrier <>
Submitted on : Thursday, June 14, 2018 - 3:32:48 PM
Last modification on : Tuesday, May 28, 2019 - 10:58:03 AM
Long-term archiving on : Monday, September 17, 2018 - 11:33:41 AM

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Emmanuel Négrier. La culture est-elle soluble dans la concentration économique ?. nectart, editions de l'attribut, 2018. ⟨hal-01815815⟩

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