Belle de jour Une mise en scène du désir

Résumé : Belle de jour-adaptation du roman éponyme de Joseph Kessel paru en 1928-nous semble être, dans la trajectoire artistique de Luis Buñuel, un des accomplissements les plus parfaits de la mise en image du désir entreprise dès 1928 dans son premier film Un chien andalou. Une des scènes est célèbre, en particulier parce qu'elle figure une des problématiques buñuelienne par excellence : par une nuit de pleine lune Luis Buñuel armé d'une lame de rasoir fait vomir l'iris de Simonne Mareuil. Ainsi, le questionnement plus ou moins cru du plaisir sado-masochiste deviendra chez cet auteur, indissociable de l'analyse de ses distorsions tant au sein du social que de l'intime, et le conduira à interroger les pouvoirs de l'image (couper un oeil, c'est attenter à l'organe spectatoriel) et la place du spectateur dans la « prise de vue ». Dans Belle de jour, davantage que dans ses autres films, chaque scène ou presque, inscrit le désir en creux. Sous de multiples facettes, il en constitue donc une puissante métaphore. Séverine, épouse de chirurgien, oisive et vraisemblablement frigide, explore, en allant dans une maison de passe, la béance d'un désir que rien n'a pu couturer, sinon la relance de ce même désir. Malgré les apparences, ce n'est pas l'histoire qui porte le désir à son comble mais ce sont, nous semble-t-il, les formes diverses empruntées par la narration. Buñuel se plait à accumuler les intrigues circulaires. Arrivée à son terme, chacune se referme sur son énigme et nous abandonne au seuil de l'amertume et de la déconvenue, comme les deux lèvres de l'amour après l'acte sexuel se replient sur le secret du féminin et de la vie sans rien laisser entrevoir de leur mystère. Ainsi, le film s'achève sur un sol jonché de feuilles, traversé par un landau. C'est la même voiture-mais sans passager-qui, à la première image, arrive du fond d'une allée et dans laquelle Séverine et Pierre échangent sur leurs problèmes de couple. Les deux champs sont progressivement saturés par les sabots de chevaux et le tintement des clochettes. A travers cette construction en boucle, le film serait la transcription du rêve de Séverine, d'abord sur la défensive puis peu à peu spectatrice d'une vie qu'elle ne maîtrise plus. La jeune épouse aurait alors imaginé toutes les scènes que nous venons de voir et nous aurions été les otages de son rêve. Cette hypothèse serait confirmée par le fait qu'à deux exceptions près, dans la première partie du film, nous la suivons sans cesse pour l'abandonner aux deux tiers du film quand sa vie lui échappe et qu'elle semble retomber dans une (in)certaine réalité.
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Contributor : Frédérique Devaux <>
Submitted on : Tuesday, May 1, 2018 - 3:21:46 PM
Last modification on : Monday, September 16, 2019 - 10:50:03 AM
Long-term archiving on : Tuesday, September 25, 2018 - 10:45:24 PM

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Frédérique Devaux. Belle de jour Une mise en scène du désir. Trafic : revue de cinéma, Gallimard / Ed. POL, 2001. ⟨hal-01782267⟩

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