Le "paysage nocturne", nouvel outil pour l'action collective territorialisée contre les nuisances et pollutions lumineuses ?

Résumé : Les « paysages nocturnes » sont de plus en plus mobilisés comme biens environnementaux à part entière, comme en témoigne leur entrée dans la récente « loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » (loi n° 2016-1087 du 8 août 2016, voir notamment l’alinéa 2 de l’article 1). À travers la défense de la qualité de la nuit et de l’accès au ciel étoilé face aux nuisances et pollutions lumineuses, c’est bien la dimension nocturne des aménités paysagères qui est désormais placée au coeur de plusieurs politiques de gestion de l’environnement à travers le monde (Charlier & Bourgeois, 2013 ; Bénos et al., 2016). Ces politiques sont souvent accompagnées de processus de protection et de labellisation de territoires garants d’un accès privilégié à un environnement nocturne épargné par la lumière artificielle (Challéat, 2010 ; Challéat & Lapostolle, 2014). Elles soulignent une tendance au développement d’activités récréatives « de la nuit » – c’est-à-dire d’activités prenant comme support la nuit « naturelle » et comme objets les phénomènes et transformations de l’environnement qui lui sont liés (ciel étoilé, phénomènes célestes, bruits de la faune nocturne, immersion multi-sensorielle dans l’obscurité, etc.) – en marges d’activités récréatives « dans la nuit » – activités se déroulant durant la période nocturne mais n’ayant pas pour objets centraux les attributs « naturels » de la nuit ou de l’obscurité. Ces dernières sont bien connues et constituent le coeur d’une offre récréative nocturne classique. Les premières, quant à elles, requièrent – et donc recherchent – des espaces de forte naturalité de l’environnement nocturne. Elles nécessitent une attention et un regard particuliers portés sur l’espace environnant et participent ainsi de la construction d’une catégorie paysagère à part entière : les paysages nocturnes. Ainsi, certains territoires usent de cet empaysagement (Debarbieux, 2007) de la nuit pour accompagner des actions de réduction des nuisances et pollutions lumineuses, suivant le paradigme de la transition (énergétique, touristique ; Lapostolle et al., 2016). Des nouveaux périmètres pour les politiques de protection environnementale aux processus de patrimonialisation et de mise en tourisme des sites astronomiques et du ciel étoilé lui-même, ces tendances questionnent le chercheur et le praticien sur l’objet « paysage nocturne » qui, par sa pluralité de définitions, permet d’être tout à la fois régime de justification de l’action et notion opportune pour étudier les façons dont la nuit des espaces ruraux est inventée, utilisée, fréquentée et représentée, participant ainsi de la fabrique de territorialités nocturnes inédites, et cessant d’être un « territoire du vide » (Corbin, 1988). La communication s’appuiera sur les processus observés dans trois terrains d’étude du Collectif RENOIR dans le cadre d’un programme de recherche financé par la Région Occitanie : la Réserve Internationale de Ciel Étoilé du Pic du Midi de Bigorre (Pyrénées), le Parc National des Cévennes et les PNR des Causses du Quercy et des Baronnies-Provençales.
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01564011
Contributor : Samuel Challéat <>
Submitted on : Tuesday, July 18, 2017 - 2:10:47 PM
Last modification on : Wednesday, May 23, 2018 - 5:58:08 PM

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  • HAL Id : hal-01564011, version 1

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Samuel Challéat. Le "paysage nocturne", nouvel outil pour l'action collective territorialisée contre les nuisances et pollutions lumineuses ?. Formation de haut niveau "Paysage" de l'OSU de Rennes (action DiPEE CNRS-InEE) - Paysages sonores, paysages lumineux, Observatoire des Sciences de l'Univers de Rennes (OSUR), CNRS-InEE, Dec 2016, Rennes, France. ⟨hal-01564011⟩

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