Le rôle de l’agriculture dans le métabolisme urbain de Ouagadougou (Burkina Faso) : un modèle face à ses limites

Résumé : L’urbanisation est croissante à l’échelle mondiale et les pays en voie de développement, comme le Burkina Faso, y sont particulièrement confrontés, d’autant plus qu’à l’exode rural s’ajoute une augmentation exponentielle de leur population depuis trois décennies. Cette situation a pour corollaire la densification de l’espace urbain et l’intensification de la pauvreté d’une frange croissante des ménages urbains qu’exacerbe une crise économique persistante. L’urbanisation entraîne aussi une production importante de déchets domestiques et industriels, dont la prise en charge reste un problème récurrent pour les municipalités. Dans les villes africaines, la paupérisation des citadins s’accompagne d’une insécurité alimentaire qui pousse de nombreux citadins à pratiquer une agriculture qui prend la forme de productions végétales (vivrière et horticole) et de petits élevages (Mougeot, 2006). Les productions qui en résultent occupent une place croissante dans l’économie des ménages les plus fragiles, dans l’approvisionnement de la ville aussi. Elles devancent les productions importées des zones rurales et de l’étranger, notamment pour les produits périssables comme les légumes feuilles, les fruits, etc. (Dongmo et al., 2005 ; Temple et Moustier, 2004). Le sous-développement des transports et l’inefficacité du système de commercialisation des produits agricoles ont en effet augmenté l’importance de cette agriculture urbaine. Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, est particulièrement concernée : les surfaces agricoles ont progressé de 255 %, entre 1996 et 2009 (Kêdowidé, 2011). Malgré tout, dans cette ville, l’agriculture se heurte à des difficultés. En raison d’un sol pauvre (affleurement latéritique) et d’un climat sec, elle est fortement dépendante de la ressource en eau et des amendements organiques (Kêdowidé et al., 2010). Or, elle est surtout pratiquée par les populations les plus pauvres qui utilisent les ressources les plus accessibles (en terme de coût et de proximité géographique). Comment l’agriculture s’insère et se maintient-elle alors à Ouagadougou ? Quel rôle joue-t-elle ? Dans le cadre d’un programme de recherche financé par le Réseau National des Maisons des Sciences de l’Homme – AURA (Agriculture urbaine en Afrique) –, nous nous sommes intéressés aux relations qu’entretiennent l’agriculture et la ville de Ouagadougou, en termes de pratiques, de production et en interrogeant particulièrement le rôle de l’agriculture dans l’assainissement de la ville. Nous avons réalisé des observations et des relevés de terrain sur deux sites de maraîchage, agriculture la plus rependue dans l’agglomération de Ouagadougou. Nous les avons associés à des entretiens menés auprès de responsables burkinabè et surtout de Ouagalais rencontrés sur les sites sélectionnés. Les premiers résultats de cette recherche, qui seront présentés dans cette communication, montrent le rôle majeur du maraîchage à Ouagadougou : il se révèle être une activité essentielle à la ville. Il est en effet au cœur d’un secteur économique et social important, au-delà des cultivateurs, depuis les fournisseurs de graines et de plants jusqu’aux revendeurs de récoltes, en passant par les pousseurs et porteurs. Au delà de l’approvisionnement de la ville en denrées alimentaires, cette agriculture joue un rôle en matière d’assainissement, par la réutilisation des eaux usées et des déchets (sacs plastiques pour les pépinières, déchets organiques pour la fertilisation, déchets végétaux pour le paillage, etc.). Parfois, les cultures se font directement dans des zones de décharge. Cette agriculture urbaine participe ainsi fortement au métabolisme urbain et se révèle précurseur en la matière à l’heure où, dans les pays du nord, on réfléchit à des solutions pour privilégier un fonctionnement en boucle fermée de la ville. A Ouagadougou, ceci ne procède toutefois pas d’une volonté organisée d’assainissement de la ville par la puissance publique. En effet, l’agriculture urbaine ne reçoit pas de soutien, ni d’accompagnement de la part des pouvoirs publics ; au contraire, elle est condamnée par les autorités. Elle ne fait pas partie des choix possibles pour l’aménagement urbain dans des pays où « le béton figure la modernité » (Guèye et al., 2009). Les acteurs évoquent surtout les points négatifs, dont les pollutions environnementales engendrées (ensablement des sources d’eau pour les parcelles proches de barrages ou de canaux ; utilisation importante de produits chimiques ; recours à des eaux insalubres), et ils dénoncent les problèmes de santé publique, liés à la réutilisation des déchets et des eaux usées. Dans l’état des lieux dressés pour le Schéma Directeur d’Aménagement du « Grand Ouaga » (AAPUIARDCADE, 2009), on reconnaît bien la place majeure occupée par le maraîchage mais on souligne « on pourrait se poser des questions sur la qualité des eaux utilisées sur certains sites de maraîchage ». Ce problème, bien réel, limite la portée de ce modèle comme apport de l’agriculture au métabolisme urbain. Malgré tout, bien que critiquée, l’agriculture urbaine est omniprésente à Ouagadougou. Les pouvoirs publics ont adopté le « laisser faire ». L’agriculture urbaine est bien arrangeante, dans la mesure où ces terres cultivées représentent une réserve foncière facilement mobilisable dans un contexte d’expansion et de densification urbaines.
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Conference papers
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Contributor : Amélie Robert <>
Submitted on : Friday, June 9, 2017 - 1:42:49 PM
Last modification on : Friday, May 10, 2019 - 1:54:16 PM

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  • HAL Id : hal-01535723, version 1

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Citation

Augis Fanny, Amélie Robert, Jean Louis Yengué, Mikael Motelica-Heino, Edmond Hien, et al.. Le rôle de l’agriculture dans le métabolisme urbain de Ouagadougou (Burkina Faso) : un modèle face à ses limites. Agricultures urbaines durables : Vecteur pour la transition écologique, les laboratoires CERTOP (UMR 5044) et LISST (UMR 5193) de l’Université Toulouse - Jean Jaurès, Jun 2017, Toulouse, France. ⟨hal-01535723⟩

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