Mémoire de travail et perception des ruptures prosodiques dans la sclérose en plaques

Résumé : La sclérose en plaques (SEP) est caractérisée par une démyélinisation du système nerveux central et les symptômes dont le patient souffre sont très hétérogènes. Il s'agit des troubles moteurs, physiologiques et cognitifs [1-2], qui peuvent se produire indépendamment les uns des autres. Parmi les troubles cognitifs, on note un déficit de la mémoire de travail (MDT), c'est-à-dire, de l'ensemble de processus ayant pour fonction de maintenir temporairement des informations pendant la réalisation de tâches cognitives diverses [3]. Or la production de la parole nécessite de grandes capacités cognitives. En particulier, quand un locuteur sain doit produire une phrase, il choisit la place des ruptures prosodiques (incluant donc les pauses) à des endroits grammaticalement acceptables et il utilise ces pauses pour planifier le morceau de phrase suivant. Selon [4], le nombre de ruptures prosodique peut varier en fonction des capacités cognitives des locuteurs : les lecteurs sains ayant un faible empan en MDT ont tendance à briser les gros segments de texte en raison de la faible limite de leur MDT. De façon similaire, l'augmentation du nombre de pauses et d'hésitations peut signaler des difficultés de planification de production, notamment dans la pathologie [5, 6]. Le but de cette étude est de vérifier comment la perception de prosodie peut se faire lorsque les locuteurs présentent des déficits cognitifs comme dans le cas de la SEP. Nous avons émis deux hypothèses : (1) les déficits en MDT peuvent influencer le nombre des ruptures prosodiques et donc affecter la compréhension et la fluidité des énoncés produits par les locuteurs SEP ; et (2) le temps de réponse (TR) des auditeurs sains serait plus rapide dans le jugement des locuteurs sains car ils ne font pas de dysfluences. L'étude a porté sur le jugement de 25 auditeurs sains à l'écoute des énoncés réalisés par 30 locuteurs, 15 contrôles et 15 SEP, sans dysarthrie. Trois sous-groupes ont été établis, en fonction du score en MDT des locuteurs (bas-moyen-haut). Les énoncés étaient tirés d'un corpus de phrases lues [6] et elles avaient la même structure lexicale et syntaxique. Le jugement a été mesuré à l'aide de deux échelles de Likert en cinq points sur la compréhension et la fluidité. Les temps de réaction ont été également mesurés. Nous avons trouvé une interaction entre groupe et MDT. Lorsque l'empan de MDT est faible/moyen, les auditeurs ont plus des difficultés à comprendre les locuteurs SEP que chez les locuteurs contrôle. De plus, ils évaluent plus négativement la fluidité pour les locuteurs SEP que pour les locuteurs contrôles. Le temps de réaction est aussi plus élevé pour juger les SEP avec une MDT faible. Ceci indique que les SEP ayant un empan en MDT faible font plus des césures inappropriées dans leurs phrases entraînant un TR plus important pour les auditeurs. Les auditeurs ne discriminent pas les locuteurs contrôle et SEP ayant un empan élevé en MDT. Cela pourrait s'expliquer par un mécanisme de compensation qui pourrait masquer les déficits de la MDT à un stade précoce de la maladie.
Document type :
Conference papers
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01498954
Contributor : Gilles Pouchoulin <>
Submitted on : Thursday, March 30, 2017 - 5:37:58 PM
Last modification on : Friday, February 8, 2019 - 3:19:57 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-01498954, version 1

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Citation

Caterina Petrone, Monique Garcia-Roure. Mémoire de travail et perception des ruptures prosodiques dans la sclérose en plaques. Journées de Pausologie, Oct 2014, Montpellier, France. ⟨hal-01498954⟩

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