Entre illusion et aveuglement : la France face à la question lituanienne 1920-1923

Résumé : Au sortir de la première guerre mondiale, face à une opinion mondiale sceptique sur leur avenir, les trois Etats baltiques sont parvenus à conjurer et la menace de l’impérialisme germanique et le spectre d’une invasion bolchevique. Mais si l'Estonie et la Lettonie avaient été reconnues en janvier 1921, la Lituanie ne le serait qu'en 1922 : la querelle polono-lituanienne avait retardé la décision de la France et des grandes Puissances. Elles espéraient, que les deux pays arriveraient d'abord à un accord. Or toutes les tentatives avortaient, aucun des deux partis ne voulant reculer , d’où de nouveau l'idée d'une union entre les deux pays , capable de résister à l'emprise allemande. À travers les différents projets politiques proposés aux deux États, n’y avait-il pas la volonté française d'empêcher la constitution d'une Lituanie indépendante, censée devenir un jouet entre les mains de l'Allemagne ou de la Russie soviétique? De ce fait, la diplomatie française aspirait à créer une Fédération, qui respecterait la liberté des Lituaniens, tout en donnant à la Pologne un contrôle de la politique du pays. Or il faudrait démontrer, en quoi ces projets étaient irréalisables de par les principes mêmes, qui guident l'action française: le soutien toujours limité de la France à la Lituanie, le refus français de condamner les transgressions polonaises des différentes lignes de démarcation ne pouvaient qu'aviver les craintes lituaniennes. À terme, quel que soit le projet proposé, la Lituanie serait absorbée plus ou moins rapidement. Les dirigeants lituaniens, revendiquant toujours une Lituanie indépendante avec pour capitale Vilna, pouvaient être incités alors à se tourner en désespoir de cause vers l'Allemagne ou la Russie bolchevique. D'un autre côté l'importance stratégique de la Pologne obligeait la France à ménager celle-ci : or l'immense majorité de la classe politique et des masses polonaises était pour une annexion complète d'au moins le territoire de Vilna et s'opposait aux projets français d'autonomie pour Vilna ou de lien fédéral avec la Lituanie. En ce sens la politique française était impuissante entre peurs lituaniennes et désirs polonais d'annexion. Mais n'était elle pas responsable en grande partie de cet état de fait ? L'échec complet de la politique française en 1923 (la Lituanie coupe toutes ses relations avec la Pologne) n'était-elle pas prévisible alors tant la diplomatie française semblait prisonnière de ses schémas tactiques: la volonté française de satisfaire les demandes polonaises sur Memel conduisit les Lituaniens , exaspérés à choisir la force et mettre la France devant le fait accompli. Cette dernière dut en contre partie des ambitions polonaises déçues reconnaître l'annexion de Vilna, ce qui conduisit à la rupture polno-lituanienne. La France était prisonnière d'un cercle vicieux, qu'elle avait créée et ne pouvait pas rompre
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Cahiers lituaniens, Association Alsace-Lituanie, 2001, 2
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Contributeur : Julien Gueslin <>
Soumis le : mardi 29 novembre 2016 - 18:58:18
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Julien Gueslin. Entre illusion et aveuglement : la France face à la question lituanienne 1920-1923 . Cahiers lituaniens, Association Alsace-Lituanie, 2001, 2. 〈hal-01405390〉

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