Philologie et herméneutique numériques

Abstract : La place croissante du numérique dans les pratiques langagières, textuelles et discursives, et le développement des données, ressources et outils numériques interrogent fondamentalement le linguiste. L'échange proposé s'ancrera plus spécifiquement dans le terrain de la linguistique textuelle et de l'analyse du discours, et décrira les modifications que le numérique implique dans la production et la circulation des textes et des discours, ainsi que dans les modalités de leur analyse et interprétation linguistiques. Ces modifications se situent à plusieurs niveaux. Modifications des formes langagières, textuelles et discursives La production verbale en contexte numérique (en ligne ou hors ligne) implique des modifications dans les formes langagières elles-mêmes (sur les plans graphique, morphographique, technomorphographique notamment) ; dans les formes phrastiques et discursives en production comme en réception (délinéarisation hypertextuelle par exemple, qui implique un énoncé de geste de la part du scripteur comme du lecteur) ;dans les dispositifs énonciatifs (locuteurs augmentés et collectifs, modification de la notion d'auteur) ;dans les genres textuels et discursifs (technogenres natifs de l'internet) ; dans le rapport entre écriture et lecture (phénomène d'écrilecture) ; ou dans la nature même des énoncés qui présentent une hybridité sémiotique inédite (éléments langagiers couplés à des éléments iconiques fixes ou animés, et/ou sonores). Modification du rapport aux données langagières, textuelles et discursives Pour le chercheur, le numérique modifie également le rapport à la langue et aux données linguistiques, aux textes et aux discours. Jusqu'à quel point le numérique modifie-t-il le mode de constitution de nos objets, de nos corpus, de nos observables ? A partir de leur expérience, les intervenants témoigneront de ce que la pratique numérique révèle de l'établissement des textes, de leur représentation et de leur analyse. Si le transfert massif des ressources papier vers des ressources numériques interroge, à un premier niveau, en donnant la possibilité de transformer le texte en un texte augmenté ou en un hypertexte doté de sa réticularité, le caractère nativement numérique de la plupart des documents contemporains questionne aujourd’hui le linguiste, à un deuxième niveau, en proposant de nouveaux observables pour de nouveaux parcours analytiques et interprétatifs. Modification de la circulation des productions natives Les textes et discours circulent dans les environnements numériques natifs de manière inédite : leur investigabilité (searchability), la possibilité de leur redocumentarisation (passage d'un ensemble de traces éparses à un document via des outils de curation ou redocumentarisation) mais aussi leur imprévisibilité discursive (la captation des traces par les algorithmes producteurs apparemment autonomes de discours) les inscrivent dans une mémoire numérique explicite et quantifiable, différents des dispositifs interprétatifs et de reconnaissance culturelles qui structurent la compréhension d'un texte imprimé dans un contexte hors ligne. Enfin, dans les écosystèmes numériques natifs (du web 2.0), tout énoncé est fondamentalement et techniquement relationnel, ce qui ajoute une dimension supplémentaire et questionne par ailleurs la notion devenue évidente et nécessaire de dialogisme. Modifications théoriques et méthodologiques de la linguistique Par conséquent, aux plans théoriques et méthodologiques, nous sommes amenés à problématiser l'incidence du numérique sur la démarche linguistique : ses questionnements, ses objectifs, ses méthodes. Comment la description de la langue peut-elle s'articuler avec les attestations qui gisent dans les immenses bases de données issues d'internet ? Les corpus apportent à la fois une relativisation des résultats qu'il faut accommoder avec la visée scientifique généralisante, et une quantification qui ouvre une nouvelle dimension à la description linguistique, passant du possible / impossible à un continuum de probabilités. Plus spécifiquement, pour la linguistique textuelle et l’analyse du discours, « l’archive universelle », « l’horizon d’attente » et la notion cardinale d’« intertextualité » ne sont-ils pas révolutionnés par la disponibilité et l’accessibilité d’une archive numérique immense et à chaque instant démultipliée ? Jusqu'à quel point le numérique change-t-il nos points de vue, c'est-à-dire nos lieux d'observation, sur la langue et les discours ? Inversement, l'approche numérique pourrait induire certains angles morts, à identifier et discuter, comme peut-être le "silence" des formes non attestées, ou l'occultation des cas singuliers par les phénomènes massifs.
Type de document :
Communication dans un congrès
Congrès Mondial de Linguistique Française (CMLF), Jul 2016, Tours, France
Liste complète des métadonnées

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01364833
Contributeur : Damon Mayaffre <>
Soumis le : lundi 12 septembre 2016 - 23:12:57
Dernière modification le : lundi 4 décembre 2017 - 15:14:22

Identifiants

  • HAL Id : hal-01364833, version 1

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Citation

Damon Mayaffre, Bénédicte Pincemin, Mathieu Valette, Jean-Marie Viprey. Philologie et herméneutique numériques. Congrès Mondial de Linguistique Française (CMLF), Jul 2016, Tours, France. 〈hal-01364833〉

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