Le Renouveau forestier au Việt Nam, 1986-2006 : de l’exploitation à la préservation ?

Résumé : En 1986 s’ouvre une nouvelle page de l’histoire vietnamienne, appelée Renouveau (Ðổi Mới). Le changement est économique (passage d’une économie centralisée à une économie de marché). Il est aussi foncier puisque l’Etat demeure le seul propriétaire foncier mais il met désormais les terres « à la disposition des personnes physiques et morales pour un usage stable et durable », selon la constitution de 1992. Et, tout en se désengageant de la gestion des terres par l’allocation, il semble réorienter sa politique en matière de ressources naturelles, en mettant en avant la nécessité de protéger l’environnement. Cette préoccupation est même inscrite dans la constitution, qui stipule : « est strictement interdit tout acte conduisant à l’épuisement des ressources naturelles ou à la destruction de l’environnement ». Un changement notable semble donc s’amorcer, en faveur de la préservation, contrastant a priori avec la période précédente, d’après-guerre (1975-1986), marquée par l’exploitation et l’accélération de la déforestation (Robert, 2011 ; De Koninck, 1997). Pour autant, le changement politique est-il réel ? Les ressources forestières sont-elles devenues des ressources à préserver ? Et cet infléchissement de la politique se traduit-il par un changement de pratiques et par là même de représentations quant à ces ressources forestières de la part de la société vietnamienne ? Pour répondre à ces questions, la présente proposition se fonde sur une analyse des politiques forestières et des pratiques liées entre 1986 et 2006, menée dans le cadre d’un doctorat (Robert, 2011). Ces pratiques sont notamment connues grâce à des observations in situ et des entretiens semi-directifs conduits dans vingt villages de la province de Thừa Thiên Huế, située au Centre-Việt Nam. Ces villages ont été sélectionnés dans les trois unités paysagères (plaine, collines et montagnes), certains peuplés d’ethnies minoritaires, d’autres par l’ethnie majoritaire, kinh. Au cours des deux décennies de Renouveau, la législation forestière s’est progressivement mise en place au Việt Nam. Les textes officiels se sont multipliés et leur analyse révèle l’ambiguïté de la conception de la forêt : il s’agit de favoriser la « protection » mais aussi le « développement » des forêts, selon le nom donné aux lois forestières de 1991, 1999 et 2004. On retrouve ces deux objectifs, ces deux conceptions dans la classification des terres forestières. Celle-ci est dès lors à l’origine d’une différenciation de la gestion de ces terres, visant la « protection » ou le « développement », même si, à l’échelle locale, cette partition est difficilement perceptible. Seules certaines forêts sont donc protégées, les autres sont exploitées et leur « développement » passe aussi par les plantations forestières. Certains dénoncent alors « les faveurs accordées à la réalisation de certains objectifs économiques » (Mellac, 1997) et voient dans cette nouvelle orientation une « nécessité de présenter aux bailleurs de fonds internationaux l’image d’un pays cherchant à protéger son « or vert » » (Roche et De Koninck, 2001). Il est vrai que, tout en prônant « la protection et le développement » des forêts, les autorités encouragent, parfois dans les mêmes textes, le développement de l’agriculture et des infrastructures qui pourtant représentent des menaces de déforestation. Il ne s’agirait donc pas d’une évolution dans la conception de la forêt mais d’une mise en conformité avec les idées véhiculées sur la scène internationale. Cette évolution ne traduit pas un changement dans la conception de la nature par la société. Elle tente plutôt de l’impulser, non sans difficulté. Intense au cours de la période post-guerre (1975-1986), l’exploitation forestière, cause majeure de déboisements, se poursuit. Elle régresse toutefois dans les sylvosystèmes spontanés, ne se réorientant que partiellement vers les plantations forestières, qu’elle soit officielle ou officieuse. Le renforcement de la législation et de la surveillance ne suffit pas à expliquer ce recul ; le développement des plantations y contribue mais la raréfaction et l’éloignement des forêts exploitables l’expliquent peut-être plus encore. La forêt, ses ressources demeurent des ressources à exploiter. Pour autant, à l’heure du Renouveau, la nécessité de les préserver s’impose progressivement, quelles qu’en soient les motivations, au sein de la sphère politique comme de la société. Et pour cause, guerres, exploitation intensive, progression de l’agriculture ont fait largement reculer les forêts au cours des périodes précédentes. La conception de la forêt a évolué au cours de l’histoire vietnamienne et la nécessité de préserver la nature n’est pas nouvelle : avant-guerre, les ethnies montagnardes vivaient en osmose avec la forêt (Robert, 2011).
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Conference papers
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Contributor : Amélie Robert <>
Submitted on : Wednesday, June 29, 2016 - 8:16:24 PM
Last modification on : Wednesday, March 21, 2018 - 10:54:07 AM

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  • HAL Id : hal-01339539, version 1

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Amélie Robert. Le Renouveau forestier au Việt Nam, 1986-2006 : de l’exploitation à la préservation ?. Colloque international Le rapport Action Nature. De l’action sur la nature à la nature de l’action, UMR CITERES, IRSTEA et INSA Centre-Val de Loire dans le cadre du Réseau Thématique de Recherche MiDi (Milieux & Diversité), Jun 2016, Blois, France. ⟨hal-01339539⟩

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