ESSAOUIRA : NAISSANCE D'UNE VILLE ET IMPACT DE SES ACTIVITÉS SUR LE MILIEU

Résumé : Connue sous l'ancien nom de Mogador, la ville d'Essaouira (Atlas atlantique), construite à la fin du XVIIIème siècle, est un site portuaire et fortifié, qui a vu son essor urbain se prolonger jusqu'au milieu du XXème siècle. Elle est entourée à l'origine, d'une forêt dense de genévriers de Phénicie (Juniperus Phoenicea) couvrant 14 000 ha de manière homogène, du trait de côte jusqu'aux plateaux intérieurs (à une quinzaine de kilomètres du littoral). Cette formation vient alors se mêler et céder le pas progressivement à des peuplements de thuyas (Tetraclinis articulata) et d'arganiers (Argania spinosa). L'édification de la ville et son développement ont nécessité d'importants besoins en bois de construction et de chauffage principalement. Les boisements de genévriers situés aux portes de la ville ont fait l'objet d'une exploitation massive et incontrôlée ne considérant pas l'arbre comme un élément vivant et donc ne respectant aucune règle sylvicole. La pression exercée sur le milieu végétal s'est accompagnée d'un pâturage traditionnel, extensif et soutenu. Cet élevage pratiqué par les populations riveraines est majoritairement caprin, mais aussi ovin, bovin et camelin. Conjointement au déboisement, il n'a fait que renforcer le déséquilibre créé en empêchant les jeunes repousses et les rejets de se développer (broutement et piétinement). Tant et si bien qu'au début du siècle, la forêt de genévriers a complètement disparu dans un rayon de 8 à 15 km, excepté quelques isolats résiduels. A sa place se sont installés des sables mobiles d'origine marine et terrestre apportés par l'alizé. La vitesse de déplacement de ces formations dunaires pouvant atteindre 40 à 150 m/an, l'accès à la ville est fréquemment coupé depuis le début du XIXème siècle. Seules les caravanes de chameaux permettaient de franchir ces obstacles qui renforçaient nettement l'isolement naturel d'Essaouira. Un plan de reboisement a été mis en place à partir de 1914. Les travaux effectués jusqu'en 1987ont portés leur fruits puisque les résultats obtenus se sont avérés nettement plus positifs que les espoirs qu'ils portaient. Aujourd'hui, 11 444 ha sont reboisés. Les dunes vives sont donc fixées et végétalisées. Aussi le genévrier de Phénicie recolonise progressivement les lisières intérieures des dunes par une remontée biologique spectaculaire. Cela dit, le nouvel équilibre installé reste plus précaire que ne l'était l'équilibre naturel. En effet, des réactivations locales sont perçues depuis peu et l'érosion éolienne est en passe de reprendre son action dévastatrice. En 1994 encore, il était surprenant de constater qu'à l'intérieur de la médina les ruelles étaient envahies de sables malgré la protection de hauts remparts. Sous l'effet du vent violent et continu, qui souffle presque toute l'année, la menace de reprise reste constante. Les aménagements réalisés ont un but de protection et non d'exploitation. Le milieu dunaire est très fragile et toute nouvelle atteinte à son couvert végétal impliquerait un déséquilibre supplémentaire. Elle renforcerait l'érosion de sols peu évolués mais en cours de pédogénèse, l'ensablement qui anéantit l'agriculture dans l'arrière-pays, isole la ville et favorise des conditions atmosphériques insoutenables pour la population. Les délits de coupe et le non-respect des mises en défens sont encore trop fréquents.
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Travaux de la Société d'Ecologie Humaine, 1997, pp.115-125
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Contributeur : Yves Claude Simone <>
Soumis le : lundi 11 octobre 2010 - 21:40:17
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Yves Simone. ESSAOUIRA : NAISSANCE D'UNE VILLE ET IMPACT DE SES ACTIVITÉS SUR LE MILIEU. Travaux de la Société d'Ecologie Humaine, 1997, pp.115-125. 〈hal-00524904〉

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