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Mélancolie, défaite, révolution Conversation avec Enzo Traverso

Résumé : 1) Presque un siècle avant l'ère chrétienne, les esclaves, les derniers de la Terre, tentent une révolte « totale », impossible et peut-être désespérée, contre le pouvoir de Rome. Cette révolte fonde un nouveau mythe, celui de la guerre des esclaves, qui se résume en un nom : Spartacus. Deux mille ans plus tard, le même nom réapparaît en Allemagne au moment où se joue l'issue de la Grande Guerre. La révolution prolétarienne du monde moderne se raccroche à ce mythe antique : elle est aussi un besoin immédiat et absolu de l'impossible. L'impossible, hier et aujourd'hui. « Nous nous battons pour les portes du ciel », comme l'écrit Karl Liebknecht. En janvier 1919, à Berlin, des ouvriers, des marxistes, des anciens combattants, des socialistes et des exploités se soulèvent. Or, dans cette révolte n'apparaît pas seulement la tension classique nourrissant une idée de révolution liée au développement du processus historique, mais se fait jour également une très forte inspiration messianique. Enzo Traverso : Il y a, en réalité, une dimension messianique dans toutes les révolutions, tantôt implicite, tantôt reconnue par ses acteurs et ses dirigeants, tantôt élaborée rétrospectivement. C'est peut-être justement le cas de la révolution spartakiste en Allemagne : il est vrai qu'il y a ces allusions messianiques et utopiques dans sa rhétorique, dans les meetings avec Karl Liebknecht et dans les articles écrits par Rosa Luxemburg, mais c'est surtout Ernst Bloch, après la révolution, qui a insisté sur cette dimension messianique dans ses différents livres, de L'Esprit de l'utopie au Principe espérance, au point de la conceptualiser. En effet, je pense qu'à ce moment-là, la dimension la plus significative de la mémoire historique est la guerre des paysans en Allemagne dans les années de la Réforme. Le nom de Spartacus en 1919 résonne comme un écho de ces événements. Rosa Luxemburg l'exhuma en septembre 1916, dans ses « Lettres de Spartacus » écrites en prison, mais ses articles n'expliquent ni l'origine ni les raisons de ce titre car son sens est évident pour tous. Pour essayer d'être encore plus précis, il faut ajouter qu'en 1919 les deux « héros », Müntzer et Spartacus, revivent dans un contexte historique qui est celui de la fin de la guerre mondiale. Sans la guerre, on ne peut pas comprendre leur « retour ». Plus qu'une révolte, Spartacus a mené une véritable guerre, les esclaves ont créé une armée pour leur libération, et Thomas Müntzer lui-même a conduit une guerre contre les grands propriétaires terriens. En 1919, nous sommes * Interview réalisée par Luca Salza (traduite de l'italien par Fanny Eouzan)
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Journal articles
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02516515
Contributor : Luca Salza <>
Submitted on : Monday, March 23, 2020 - 10:59:30 PM
Last modification on : Thursday, March 26, 2020 - 2:00:59 AM

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  • HAL Id : hal-02516515, version 1

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Luca Salza, Enzo Traverso. Mélancolie, défaite, révolution Conversation avec Enzo Traverso. K : Revue trans-européenne de philosophie et arts, Université de Lille, 2018. ⟨hal-02516515⟩

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