Du pénal au social. L’hybridation des politiques judiciaires et assistancielles de protection de la jeunesse dans la première moitié du XXe siècle

Résumé :

Si le XXe siècle reconnaît à la jeunesse un statut social et culturel spécifique, il est aussi celui de la stigmatisation de la jeunesse irrégulière. Désormais, les institutions de contrôle social ne cherchent pas seulement, comme au XIXe siè- cle, à évincer l’écume ardente des classes dangereuses, à l’instar des Apaches de la Belle-Époque [Perrot, 2001]. Il s’agit, avec la mise en place, selon une remarquable synchronie, d’une justice des mineurs spécialisée dans la plupart des pays occidentaux, d’élargir le filet de prise en charge à l’ensemble de la jeunesse populaire tumultueuse, tout en adossant au système judiciaire pénal une assistance éducative. Après s’être appuyée sur l’initiative privée (néo-philanthropes solidaristes, catholiques- sociaux, mouvement « progressiste » nord-américain, etc.), la justice se tourne, dans l’Entre-deux-guerres, vers les premiers professionnels de la protection de l’enfance. Les sciences du psychisme, dont l’étiologie se renouvelle à compter des années 1930, offrent également leur expertise. En amont et en aval de l’acte judiciaire, la nouvelle filière s’organise, du dépistage des asociaux et anormaux, au tutorat familial qu’incarne la liberté surveillée. Loin d’être mises hors-jeu, les institutions d’enfer- mement tentent de se réformer et s’insèrent dans ce nouveau système, avec l’invention de nouvelles catégories juridiques para ou pré-délinquantes (« incorrigibles », « insoumis », « incontrôlables », etc.), nouvelles figures de la dangerosité sociale qui appellent l’enfermement tout en lui donnant une nouvelle légitimité.

Nous voudrions éclairer les doctrines et pratiques de ce moment clé de l’histoire de la protection de l’enfance, qui préfigure l’ère du « tout éducatif » des années 1950-60, sans pour autant se déparer de la raison pénale qui le fonde. Il s’agit de comprendre quels sont les effets produits dans ce champ par l’hybridation du pénal et du social. Si le second adoucit le premier et le rend socialement productif, il en est aussi une légitimation lui permettant de passer outre certains principes du droit libéral (droits de la défense notamment). Dès lors, la socialisation du droit des mineurs, au moment même où elle acquiert le statut de doxa, entre en contradiction avec le principe de citoyenneté étendu à l’enfance (le mineur sujet de droit), en genèse tout au long du XXe siècle.

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Contributor : Okina Université d'Angers <>
Submitted on : Friday, November 16, 2018 - 12:30:36 PM
Last modification on : Saturday, November 17, 2018 - 1:15:13 AM

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  • HAL Id : hal-01924884, version 1
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David Niget. Du pénal au social. L’hybridation des politiques judiciaires et assistancielles de protection de la jeunesse dans la première moitié du XXe siècle. Histoire et Sociétés. Revue Européenne d'Histoire Sociale, 2008, pp.10-27. ⟨hal-01924884⟩

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