Roi danseur, roi guerrier : force et galanterie dans le Divertissement royal

Résumé : « À ce dieu plein de force, à ce dieu plein d'appâts / Il n'est rien qui résiste ». Une Grecque célèbre ainsi Apollon dans le dernier intermède du Divertissement royal de 1670. La figure double d'un dieu à la fois agréable et fort fait écho à la première image du spectacle, celle du rideau de scène. On y voit deux représentations d'Apollon : d'un côté, le dieu entouré par les Muses répand des fleurs sur tous les arts ; de l'autre, il triomphe des Cyclopes et du serpent Python. Plaisirs esthétiques et violence guerrière sont ainsi désignés comme les deux instruments d'un pouvoir irrésistible, absolu, celui de Louis XIV. Si le spectacle associe étroitement ces deux figures du pouvoir, l'historiographie a eu tendance à les dissocier, voire à les opposer, faisant des années 1670 et du Divertissement royal un tournant dans la représentation du pouvoir de Louis XIV. Le Divertissement royal est le premier ballet de la cour dans lequel le roi ne danse pas. Dans une historiographie structurée par le mythe de la « jeune cour » et dominée par la figure d'un roi danseur et amoureux, il fait figure de point de rupture, relayé quelques mois plus tard par la mort d'Henriette d'Angleterre, puis par l'entrée de la monarchie dans une longue période de guerre. Le double visage d'Apollon-Louis XIV serait alors révélateur du tournant pris par le pouvoir, d'une cour amoureuse à une cour sérieuse ; d'une idéologie galante fondée sur la promotion des plaisirs et de la paix à une idéologie guerrière ; d'une représentation du pouvoir privilégiant la fête et le ballet à une propagande privilégiant l'histoire. C'est ce lieu commun critique qu'il s'agit ici d'examiner, à partir de la question de l'articulation entre esthétique galante et mise en scène de la force. Quelles inflexions esthétiques et idéologiques le Divertissement royal introduit-il dans la représentation du pouvoir ? L'examen de la manière dont le spectacle met en scène des démonstrations de force conduira à interpréter le Divertissement royal comme un spectacle polémique. Dans un contexte de retour de la monarchie à une politique de guerre, il met en circulation un imaginaire justifiant l'attaque militaire contre la Hollande. À un moment où cette politique avive les rivalités dans le champ littéraire, il défend l'efficacité de l'esthétique galante dans la célébration du pouvoir.
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Contributor : Marine Roussillon <>
Submitted on : Wednesday, November 7, 2018 - 10:32:58 AM
Last modification on : Thursday, December 6, 2018 - 1:51:46 AM
Long-term archiving on : Friday, February 8, 2019 - 12:25:18 PM

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Marine Roussillon. Roi danseur, roi guerrier : force et galanterie dans le Divertissement royal. Laura Naudeix. Molière à la cour : Les Amants magnifiques en 1670, A paraître. ⟨hal-01906621⟩

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