« Stendhal casuiste ? »

Résumé : Mots-clés : Résumé : Comment agir quand on a des valeurs exigeantes, contraignantes ? La casuistique est cet outil forgé pour donner aux consciences scrupuleuses, c'est-à-dire inquiètes, le moyen de ne pas tomber dans l'angoisse qui paralyse. Les notions de « normes », de « cas », de « crise morale » sont évidemment communes à un romancier psychologue et au casuiste catholique. C'est pourquoi, sans avoir besoin de postuler l'existence d'une source ou d'un intertexte casuistes chez Stendhal, il est éclairant de faire jouer la tradition casuiste sur la matière profane du roman pour éclairer la question de la réflexion morale et de l'écriture de soi dans Le Rouge et le Noir (première partie). La casuistique, c'est-à-dire l'élaboration langagière d'une situation présentifiée à la conscience sous forme de cas, n'est que rarement chez Stendhal la propédeutique à la décision et à l'action. Sous l'égide de l'ironie multiforme de l'ironie du narrateur, jouant avec toute la palette des discours rapportés, la casuistique sert à montrer comment le personnage s'évalue, confronte ce qu'il fait à l'idée, plus ou moins chimérique, qu'il a de lui-même. La question clé de la casuistique devient : comment vivre avec soi, comment jouir de soi ? Or les réponses données à cette question varient considérablement selon qu'on est homme (Julien Sorel) ou femme (Louise de Rênal)… Stendhal casuiste ? Pour Philippe Jousset Stendhal romancier n'éprouve pas le besoin de situer très précisément ses personnages par rapport à Dieu, même quand ils sont croyants. La prière, la confession, la relation personnelle à Dieu, tout cela ne tient guère de place dans Le Rouge et le noir. Voilà qui devrait nous dissuader d'étudier la place de la casuistique dans ce roman. Ainsi, aucun discours religieux ne vient altérer la transparence de l'âme « ignorante » de Mme de Rênal ; et c'est là ce qui fait son charme, son naturel et sa grâce : Grâce à cette ignorance, Mme de Rênal, parfaitement heureuse, occupée sans cesse de Julien, était loin de se faire le plus petit reproche. (RN, I, chap. VII) Mme de Rênal, transportée du bonheur d'aimer, était tellement ignorante qu'elle ne se faisait aucun reproche. (RN, I, chap. IX) Elle « […] avait été élevée chez des religieuses adoratrices passionnées du Sacré-Coeur de Jésus, et animées d'une haine violente pour les Français ennemis des jésuites. Mme de Rênal s'était trouvée assez de sens pour oublier aussitôt, comme absurde, tout ce qu'elle apprit au couvent ; mais elle ne mit rien à la place, et finit par ne rien savoir. Les flatteries précoces dont elle avait été l'objet, en sa qualité d'héritière d'une grande fortune, et un penchant décidé à la dévotion passionnée, lui avaient donné une manière de vivre tout intérieure. (RN, I, chap. VII) Mais alors comment le romancier rendra-t-il compte, par l'écriture, des mouvements de cette « manière de vivre tout intérieure » ? Pour donner un contenu, une forme et une signification,
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Contributor : Stephane Chaudier <>
Submitted on : Saturday, January 27, 2018 - 6:26:02 PM
Last modification on : Tuesday, July 3, 2018 - 11:35:34 AM
Long-term archiving on : Friday, May 25, 2018 - 8:40:00 AM

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Stéphane Chaudier. « Stendhal casuiste ? ». Questions de style , Presses Universitaires de Caen, 2014, n° 11, p. 13-25. ⟨hal-01694537⟩

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