« La Bourse ou le temps – L'imaginaire financier de Marcel Proust »

Résumé : Il est un fait qui, dans La Recherche, passe presque inaperçu : « Ma tante Léonie m'avait fait héritier en même temps que de beaucoup d'objets et de meubles embarrassants, de presque toute sa fortune liquide – révélant ainsi après sa mort une affection pour moi que je n'avais guère soupçonnée pendant sa vie ». La « fortune liquide » de Léonie permet au Narrateur de renoncer à toute carrière, d'éviter tout choix contraignant ; elle fait de lui un « héritier » qui peut différer indéfiniment son entrée dans le monde social. Comment entre-t-il en possession de cet héritage ? Qu'advient-il de cette fortune ? Engloutie. Dépensée pour Albertine. Le romancier feraait don à son héros de son incompétence boursière. Mais au lieu que les spéculations de Proust occupent une part non négligeable de sa correspondance, la chose est ici réglée en une phrase. Désinvolture ?'analyse économique paraît compromise par le primat accordé à la vie intérieure et par l'immaturité affective du héros. Faut-il s'en tenir là ? Lecteur assidu des chroniques boursières du Figaro, des Débats ou des Courriers de la Bourse, bien renseigné par des amis ou des connaissances appartenant au milieu de la banque. Les romans du XIX e siècle qui s'intéressent à la Bourse discutent sa place dans la société ; ils fustigent ou encensent la spéculation. La Recherche, on l'a vu, est aussi l'histoire de la « ruine relative » du Narrateur, et celui-ci n'est pas le seul à subir les aléas de la Bourse. Jamais pourtant le roman ne condamne la spéculation ; jamais il ne la présente comme un danger, suscitant de terribles angoisses et des catastrophes irréversibles. Dès qu'il est question de sommes gagnées ou perdues à la Bourse, le ton est au contraire détaché, enjoué. Faut-il y voir le signe d'une représentation superficielle qui voudrait conjurer, sur le mode de la fiction, les expériences malheureuses de son auteur et de la société française ? Le roman traduit-il le point de vue d'un possédant heureux ? Peut-être. C'est pourtant une autre hypothèse que nous voudrions proposer : Proust accepte la spéculation parce qu'elle lui apparaît comme l'image même de la réalité. Il estime qu'on peut décrire la réalité, mais qu'il est vain de vouloir la transformer : elle doit être acceptée telle qu'elle est puisqu'elle ne peut pas être autre que ce qu'elle est. Mais comment s'explique cette étrange philosophie de la Bourse ? Quels en sont les enjeux romanesques ?
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Contributor : Stephane Chaudier <>
Submitted on : Saturday, January 27, 2018 - 6:18:25 PM
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56. Proust et la bourse, HAL, ...
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Stéphane Chaudier. « La Bourse ou le temps – L'imaginaire financier de Marcel Proust » . M. Poirson, Y. Citton, C. Biet (dir.). Les Frontières littéraires de l’économie (XVIIe-XIXe siècles), Desjonquères, p. 79-91., 2008. ⟨hal-01694534⟩

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