Expression de soi et mythologie identitaire dans les dispositifs de communication en ligne.

Résumé : Dans la vie quotidienne, l'émetteur communique par son corps, ses vêtements, son discours, ses gestes, son visage, avant même qu’il ne verbalise son message. Même s’il est immobile et qu’il n’émet aucun signe volontaire pour s’exprimer, l’observateur (récepteur, qu’il soit ou non pressenti par l’émetteur) peut analyser les éléments visibles du corps et de l’attitude perçus et en induire une posture mentale. Le corps en coprésence est une interface de communication naturelle. Que la communication soit volontaire ou non, elle est inévitable. L’existence de soi, dans le monde réel, ne se remet généralement en question que dans le cadre d’une réflexion ontologique de l’individu. Le sens commun l’accepte comme une évidence : je me vois donc j’existe, pourrait-on dire. Or, si l’utilisateur néophyte d’internet conçoit qu’il existe toujours bel et bien dans le monde réel, il est rapidement confronté à l’évidence que le réseau est un monde séparé et qu’il n’y est par présent, en somme qu’il n’y existe pas. L’émetteur distant doit agir pour communiquer. Il doit paramétrer une représentation de lui-même pour se manifester et être à la communauté, sans quoi il n’apparaît pas à l’interface graphique, n’existe pas pour un tiers et ne peut participer. La communication à distance, à la différence de la communication en coprésence, n’est ni naturelle, ni inévitable, mais le fruit d’une intention volontaire. Les données qui la constituent, pour être délivrées, doivent être créées du tout au tout. L’identification sur le réseau, qui ne tenait encore il y a quelques années qu’à un choix personnel, devient une nécessité et une convenance sociale. Une néophyte, suite à une demande d’adresse e-mail de la part d’un agent de l’APEC dans le cadre de sa recherche d’emploi, confie : « je ne peux lui donner mon adresse armelle2000, ça ne fait pas sérieux. [Elle explique le choix de ce pseudo et conclue :] je ne peux lui répondre tant que je n’ai pas obtenu une nouvelle adresse. » Dans un chat ou un réseau amical, un pseudo décalé et affectif fait office de diminutif. Dans une recherche d’emploi, des procédures administratives et des échanges professionnels, il convient de s’identifier par le nom et prénom chez l’hébergeur approprié, personnel ou professionnel. L’utilisateur d’internet est ainsi amené à se créer des identifiants conformes à des usages pressentis. La liberté initiale laissée à l’identification sur internet dessine les différentes formes d’existence sociale de l’individu. Armelle2000, armelle.rocher et blitzin08 sont la même personne dans des contextes différents. Cette gestion des différentes identités fait prendre conscience à l’individu des enjeux interactionnels de la présentation de lui-même, dans une toute autre mesure que cela ne lui est possible en coprésence : à distance, il en est entièrement le maître. Contrairement à la communication en coprésence qui met en relation les corps, interfaces de communication naturelles, la communication à distance est le fruit d’une intention. L’émetteur distant doit agir pour être présent, et communiquer. Cet article prend place dans une recherche qui a commencé en 2002 et s’est développée sous la forme de contrats industriels (Wanadoo Edition, Ecole des Mines d’Alès) et de recherches universitaires (Hypermédia Paris 8 saint Denis). Elle se poursuit actuellement dans le cadre d’une thèse en Sciences de l’Art et info-communication à Paris I Panthéon Sorbonne. Le joueur d’un jeu de survival horror ressent de la terreur par identification spéculaire au personnage. Ses souffrances deviennent siennes, et c’est ce pacte esthétique spéculaire qui conditionne sa participation active au scénario. En cela, le sujet qui se représente est proche du rêveur : à la fois conscient d’agir par sa représentation et confondu en elle, il est « double conscience de son bien-être et du monde heureux ». Créateur et acteur d’une fiction identitaire et d’une fiction sociale, le sujet est à la fois conscience, corps agissant mais aussi corps d’expérience, à la source de ses pensées et de ses sensations. Siège de l’être intime de la structure sémiotique qu’il crée, l’utilisateur constitue son champ d’expérience subjective dans ses non-dits . Œuvre de fiction, la représentation de l’ipséité donne prise aux possibilités formelles d’organisation de sa propre expérience . Le sujet crée un mythe subjectif, qui lui permet de tisser ses pensées entre les fils d’une contexture diégétique étrangère.
Type de document :
Communication dans un congrès
Colloque international La langue et l’altérité. Université de Mostaganem (Algérie), May 2005, Mostaganem, Algérie
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Contributeur : Fanny Georges <>
Soumis le : vendredi 18 août 2017 - 19:24:10
Dernière modification le : mardi 22 août 2017 - 01:05:58

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2005 Mostaganem FGeorges artic...
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Fanny Georges. Expression de soi et mythologie identitaire dans les dispositifs de communication en ligne. . Colloque international La langue et l’altérité. Université de Mostaganem (Algérie), May 2005, Mostaganem, Algérie. 〈hal-01575324〉

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