L'Antiquité dans L'Émigré de Sénac de Meilhan

Résumé : Noble et émigré, Sénac de Meilhan s’appuie sur des références à l’Antiquité pour développer une argumentation contre-révolutionnaire. Écrivain et romancier, il justifie également ses choix d’écriture par l’autorité des Anciens. Cependant, l’étude des usages de l’Antiquité dans L’Émigré montre que le rapport de Sénac de Meilhan à l’Antiquité n’est ni nostalgique ni réactionnaire. L’exemple des Révolutionnaires montre les dangers de l’enthousiasme face à l’Antiquité. Si Sénac dispute parfois le terrain à ses adversaires en promouvant tel ou tel modèle d’héroïsme contre-révolutionnaire, il s’applique surtout à rendre impossible toute vision idéalisée de l’Antiquité. C’est pourquoi il met en avant Tacite et rappelle les guerres civiles et les proscriptions de l’histoire romaine. L’Antiquité peut donc montrer des exemples de courage et de vertu, mais elle montre d’abord la barbarie humaine et invite à faire face à l’adversité avec noblesse et dignité. Sénac est très prudent dans sa critique des « Encyclopédistes » : « Si l’on suit attentivement la marche de la Révolution, écrit le président de Longueil, il sera facile de voir, que les écrivains appelés philosophes, ont pu la fortifier, mais ne l’ont pas déterminée » . Rousseau est d’ailleurs beaucoup lu et souvent évoqué, surtout par les personnages féminins du roman. Au lieu de s’attaquer frontalement aux Lumières, auxquels Sénac reconnaît des mérites, il entreprend de promouvoir Voltaire et les auteurs du siècle de Louis XIV. Il met ainsi en avant une littérature classique conforme à ses partis pris littéraires et politiques. L’importante donnée à Voltaire dans ce dispositif ne s’explique pas seulement par l’admiration de Sénac pour cet auteur rencontré dans sa jeunesse. Elle permet un glissement vers le classicisme : celui qui pourrait être considéré comme un des principaux philosophes joue dans L’Émigré le rôle d’un passeur vers le dix-septième siècle et, de temps en temps, vers l’Antiquité. Tacite, pour l’Antiquité, Corneille, Racine et Voltaire, pour les temps modernes, sont les plus grands auteurs aux yeux des personnages de L’Émigré. Pourtant, Sénac de Meilhan ne cherche à écrire ni une histoire ni une tragédie. Il fait le choix, en apparence paradoxal, du roman par lettres et revendique un modèle qui n’est ni antique ni français : Richardson. C’est encore un exemple de la manière dont il s’adapte aux circonstances. L’heure n’est plus à la tragédie et pas encore à l’histoire, mais en faisant le choix du roman par lettres, Sénac pense pouvoir être fidèle à « la fatalité des anciens » caractéristique de la tragédie antique et ouvre l’espace qui lui permet d’écrire des tableaux de la Révolution française inspirées de ce qu’il lit dans Tacite. Ancien et moderne à la fois, admirateur du siècle du Louis XIV sans être anti-philosophe, romancier pour mieux écrire l’histoire et la tragédie des anciens : Sénac de Meilhan reste fidèle à ses valeurs politiques et littéraires tout en les adaptant aux circonstances radicalement nouvelles produites par la Révolution. C’est ce rapport complexe au passé qui fait son originalité.
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Cahiers d'Histoire des Littératures Romanes, 2010, 34 (1/2), p. 71-87
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Soumis le : mercredi 5 avril 2017 - 17:23:44
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Olivier Ritz. L'Antiquité dans L'Émigré de Sénac de Meilhan. Cahiers d'Histoire des Littératures Romanes, 2010, 34 (1/2), p. 71-87. 〈hal-01502572〉

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