Les premières histoires de la Révolution sont-elles tragiques ?

Résumé : Les premières histoires de la Révolution témoignent d’un renouveau du tragique. Les modèles tragiques réactivés dans ces textes sont ceux de la démesure et de la surenchère. L’horreur shakespearienne et les mythes antiques sont privilégiés afin de présenter la Révolution comme un moment inouï. L’excès d’émotions a pour pendant la perte du sens. Les métaphores naturelles qui prennent en charge l’expression des émotions fondamentales du registre tragique impliquent également un changement d’échelle, ainsi que l’abolition de la frontière qui tient le spectateur à distance de la scène tragique. La catastrophe naturelle prend le relai de la catastrophe de théâtre parce qu’elle frappe tout le monde, y compris les auteurs eux-mêmes. Des conceptions anciennes du tragique exercent cependant une influence importante. D’une part, beaucoup d’auteurs voudraient faire de leurs histoires des jugements et des leçons. L’horreur que suscitent les coupables est une punition pour les crimes qui leur sont reprochés et un avertissement pour les lecteurs des générations futures. De ce point de vue, les histoires de la Révolution s’apparentent aux histoires tragiques du xviie siècle et rappellent les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné. D’autre part, les défenseurs d’un retour à l’ordre littéraire font de la tragédie un modèle prestigieux qu’il faut imiter pour ses qualités formelles. Ces tensions vers des conceptions anciennes du tragique entrent en contradiction avec l’expression d’un tragique moderne, au point d’expliquer pour une part l’extinction du genre des histoires de la Révolution sous l’Empire. Il apparaît impossible d’écrire l’histoire dans une langue épurée et d’en tirer des leçons lorsque dans le même temps la Révolution est présentée comme fondamentalement horrible et irrationnelle. C’est pourquoi le tragique moderne, un temps esquissé dans les premières histoires de la Révolution, se déploie davantage dans d’autres genres, notamment le roman. Enfin, l’expression d’un tragique moderne est moins l’expression d’un traumatisme que le résultat d’une double construction, politique et littéraire. D’une part, elle fait de la Terreur et parfois de la Révolution tout entière un repoussoir. D’autre part, elle contribue à faire de la littérature le domaine privilégié de l’expression des sentiments.
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Article dans une revue
Orages, Littérature et culture (1760-1830), Association Orages, 2015, Le tragique moderne
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Contributeur : Olivier Ritz <>
Soumis le : mercredi 5 avril 2017 - 16:19:41
Dernière modification le : dimanche 9 avril 2017 - 01:06:07

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Olivier Ritz. Les premières histoires de la Révolution sont-elles tragiques ?. Orages, Littérature et culture (1760-1830), Association Orages, 2015, Le tragique moderne. <hal-01502523>

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