Mobiliser autour d'un risque. Des lanceurs aux porteurs d'alerte

Résumé : Cet article montre que deux grands modèles permettent de mieux saisir la contribution des lanceurs d'alerte aux transformations des dossiers.
Le premier modèle est marqué par un décalage temporel important entre les premières alertes et controverses et la véritable prise en charge du dossier. Cela créé des écarts entre les mesures du risque – entendues ici au double sens de mesures scientifiques et de mesures administratives – et la mobilisation générale. La répétition des alertes est nécessaire pour que les dispositifs publics prennent durablement en charge le dossier. Le passage par des procès, des polémiques et des formes de protestation publiques spectaculaires est, dans ce cas de figure, assez inévitable, le degré de réversibilité diminuant alors même que les mécanismes d'imputation se mettent en place. Dès lors, le lanceur d'alerte se mue facilement en dénonciateur.
Dans le second modèle, la prise en compte précoce des signaux rend compatibles les mobilisations et les mesures du risque, en s'appuyant sur les dispositifs institutionnels. On continue malgré tout, consultants en communication aidant, à parler de « crise » bien que par contraste avec la figure précédente il s'agisse plus simplement de prise en compte publique de dangers et de risques. Le degré de réversibilité du phénomène est souvent important, sans qu'il soit alors possible de prévoir, même approximativement, son extension à venir. La résorption rapide du phénomène, ou son absence de manifestation, peut conduire à une démobilisation, ce qui soutient la nécessité d'une vigilance vis-à-vis des actes administratifs et politiques. Les alertes prennent alors un autre sens, puisqu'elles tendent, dans cette configuration, à porter sur les procédures de prise en charge plus que sur les objets eux-mêmes, autrement dit à se constituer sous la forme d'alertes dérivées. Le lanceur d'alerte devient un porteur d'alerte, au sens où il accompagne jusqu'au bout le traitement des alarmes et des risques, au-delà des premiers épisodes mobilisateurs.
Il ne faut pas considérer ces deux modèles comme assujettis à une époque : un modèle « ancien », caractéristique de la période des années 80, et un « nouveau » modèle qui serait aujourd'hui dominant. Ils constituent plutôt deux figures limites de la prise en charge des alertes, soumis à la critique du « il est déjà trop tard » pour la première, alors que la seconde, comme dans le cas de l'affaire Coca-Cola, soulève plutôt la question de la précocité ou de l'extension trop rapide de l'action des pouvoirs publics ou d'une médiatisation extrême. Entre ces deux modèles, définir « le bon moment pour agir » est essentiel mais suppose moins une réactivité à toute épreuve que la capacité à investir des dossiers et à maintenir une vigilance collective alors même que l'intérêt s'est déjà déplacé ailleurs.
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Contributor : Didier Torny <>
Submitted on : Sunday, August 30, 2009 - 11:18:17 PM
Last modification on : Tuesday, January 9, 2018 - 1:08:05 AM
Document(s) archivé(s) le : Saturday, November 26, 2016 - 11:12:09 AM

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Francis Chateauraynaud, Didier Torny. Mobiliser autour d'un risque. Des lanceurs aux porteurs d'alerte. Cécile Lahellec. Risques et crises alimentaires, Lavoisier/Tec & Doc, pp.329-339, 2005. ⟨halshs-00411847⟩

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