L'Inspection du Travail au féminin, 1878-1974. Itinéraires et statuts

Résumé : La loi de 1892 qui scelle la professionnalisation de l'Inspection du travail — avec un concours de recrutement national, la rémunération des inspecteurs et inspectrices par le Ministère — n'organise pas exactement le même métier pour les Inspecteurs que pour les Inspectrices. Si la rémunération est convenue identique (ce qui n'est pas le cas dans l'enseignement), par contre les lieux d'exercice diffèrent ; ainsi seuls les Inspecteurs peuvent visiter des ateliers comprenant une majorité d'hommes et/ou des machines et ce n'est qu'en 1932 qu'une épreuve technique est incluse dans leur concours. Lors des conflits et des arbitrages du Front populaire, l'activité des inspectrices montre qu'elles sont confinées dans des secteurs à main-d'œuvre très féminine et où dominent les petites entreprises.
Par ailleurs, les femmes sont, par le texte de la loi de 1892, exclues de la promotion, puisque seuls les Inspecteurs peuvent accéder au grade d'Inspecteur divisionnaire, c'est-à-dire celui de la responsabilité et du commandement sur les autres.
Jusqu'à la Seconde guerre mondiale, pour ces quelques dizaines d'inspectrices, les recrutements sont rares, les concours féminins s'ouvrent rarement (tous les six ou sept ans) et la concurrence y est rude. De fait, le recrutement est plus compétitif aux inspectrices qu'aux inspecteurs ; les centaines de candidates qui se présentent pour sont bien plus diplômées que leurs confrères et font même partie des « pionnières » pour l'acquisition des diplômes de l'enseignement supérieur. La hauteur de leurs diplômes correspond à celle des maris et des pères: une moitié de ces femmes sont filles et épouses d'industriels, de négociants, d'hommes des professions libérales où dominent les médecins. Si ces Inspectrices sont des femmes actives, elle ne travaillent donc pas par nécessité financière, ni par désœuvrement familial (elles sont mères de famille pour les deux tiers d'entre elles), mais bien par souci d'équité sociale et/ou de réalisation individuelle.
À partir de 1946, avec la mise en place du Statut de la fonction publique et surtout de 1974, avec la mixité des concours de recrutements des fonctionnaires, des mutations égalitaires s'organisent. À partir de 1946, les circonscriptions deviennent mixtes, les Inspectrices peuvent organiser la mobilité géographique qui permet la promotion. Pourtant, même si les textes du Statut énoncent l'égalité, les Inspectrices n'accèdent toujours pas aux grades qui autorisent la prise décision et l'autorité sur les autres, en particulier comme directeur régional du travail : il faut attendre 1974 pour que leurs carrières commencent à être comparables à celles de leurs collègues masculins. 1974 est aussi la date de la fusion des corps de l'Inspection, avec l'intégration des Inspecteurs de l'Agriculture et des Transports, où les femmes étaient toujours interdites de concours de recrutement.
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Autre publication
rapport dactylographié à la DARES, 2 tomes; le 2e tome est un annuaire des Inspectrices du Travai.. 2002
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Contributeur : Sylvie Schweitzer <>
Soumis le : lundi 6 avril 2009 - 16:18:59
Dernière modification le : lundi 23 mars 2015 - 14:14:24
Document(s) archivé(s) le : jeudi 10 juin 2010 - 18:03:39

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  • HAL Id : halshs-00373411, version 1

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Citation

Sylvie Schweitzer, Anne-Sophie Beau, Florent Montagnon, Fabrice Flore-Thébaut, Mathieu Perrin, et al.. L'Inspection du Travail au féminin, 1878-1974. Itinéraires et statuts. rapport dactylographié à la DARES, 2 tomes; le 2e tome est un annuaire des Inspectrices du Travai.. 2002. <halshs-00373411>

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