Géographie du mouvement, géographie en mouvement. La mobilité comme dimension du terrain dans l'étude des migrations : Communication au colloque « À travers l'espace de la méthode : les dimensions du terrain en géographie », Arras, 18-20 juin 2008.

Résumé : Cette communication entend interroger le rapport entre mobilité et terrain en géographie, à partir de l'expérience d'une recherche doctorale menée sur les migrations de transit au Sahara central.

La réflexion sur les « pratiques de terrain » et la manière dont elles influent sur les régimes de scientificité des connaissances produites, conduit le plus fréquemment le chercheur à un retour réflexif sur sa propre subjectivité dans les moments formalisés de production de données, tels que les situations d'entretien et la relation entre enquêteur et enquêtés. L'intérêt d'objectiver et de rendre accessible ces aspects de la pratique du terrain est indéniable, mais, généralement, ces tentatives d'objectivation traitent-elles des mécanismes de production et d'interprétations des données les plus importants ou seulement les plus visibles et qui posent question avec le plus d'évidence ? Nous souhaitons ici envisager la mobilité en tant que dimension spatiale de la pratique du terrain, en tant qu'ouverture d'un terrain autre qui modifie la nature des perceptions et des relations sociales qui s'y nouent, et qui, finalement, influe sur la production de données empiriques dans le cadre des études migratoires.

Comment théoriser et comment pratiquer le terrain d'une recherche qui porte sur un objet caractérisé par la mobilité, notamment celle des acteurs à travers un espace très vaste ? Dans quelle mesure faut-il partager avec les acteurs l'expérience du mouvement pour en saisir les implications ? Il s'agit de considérer la mobilité de l'observateur, d'un point de vue théorique et méthodologique, selon deux aspects : la mobilité sur le terrain et la « mobilité » comme terrain.

La mobilité sur le terrain, c'est-à-dire la circulation entre des sites distincts, fut longtemps considérée, à la suite de Malinovski, comme étant une marque de « superficialité » s'opposant à l'ancrage « en profondeur » dans un terrain caractérisé par son unité de lieu, et impliquant la sédentarité. Cette vision de la pratique du terrain est aujourd'hui progressivement remise en cause, notamment par la théorie de l'ethnographie multi-située développée par George Marcus ou par l'anthropologie du mouvement proposée par Alain Tarrius : circuler sur le terrain devient un moyen de « contextualiser » différemment chaque lieu d'enquête, chaque phénomène observé, et de mieux contrôler la production de l'objet de recherche. Dans le même temps, il est possible d'envisager la « mobilité » (la circulation, le voyage) en tant que terrain, c'est-à-dire en tant que situation privilégiée d'enquête et d'observation. En partant de l'hypothèse selon laquelle le mouvement modifie la perception des individus (M. Merleau-Ponty, 1945, Phénoménologie de la perception), et donc que la migration en tant que déplacement modifie la perception qu'ont les migrants des personnes et des espaces qu'ils approchent, qu'ils côtoient, qu'ils rencontrent, et modifie également les discours produits (J. Clifford, 1997, Routes. Travel and Translation in the late twentieth century), alors il devient intéressant voire nécessaire de se mettre soi-même en mouvement afin d'étudier les flux de l'intérieur, et d'être à même de saisir la nature des constructions sociales éphémères et instables que la mobilité engendre. Une pratique de la mobilité donne alors accès à une autre dimension du terrain, en même temps qu'elle transforme la perception même que l'on en a.

Ce cas spécifique d'étude des migrations et des enjeux d'une mise en mouvement du chercheur sur le terrain, c'est-à-dire de la mobilité comme dimension signifiante de « l'être au terrain », invite à considérer l'ensemble des pratiques - et des conditions - matérielles du chercheur sur le terrain comme facteur constitutif de ce terrain, agissant sur le rapport à soi et à l'autre qui s'y instaure.
Type de document :
Communication dans un congrès
A travers l'espace de la méthode : les dimensions du terrain en géographie, Jun 2008, Arras, France
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Contributeur : Yann Calberac <>
Soumis le : mardi 28 avril 2009 - 22:31:28
Dernière modification le : vendredi 4 janvier 2019 - 17:33:06
Document(s) archivé(s) le : mercredi 22 septembre 2010 - 12:34:40

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Julien Brachet. Géographie du mouvement, géographie en mouvement. La mobilité comme dimension du terrain dans l'étude des migrations : Communication au colloque « À travers l'espace de la méthode : les dimensions du terrain en géographie », Arras, 18-20 juin 2008.. A travers l'espace de la méthode : les dimensions du terrain en géographie, Jun 2008, Arras, France. 〈halshs-00358932v2〉

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