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Bibliothèque

Résumé : Bibliothèque Depuis la fin du Moyen-Âge, le terme de « bibliothèque » s'est progressivement imposé face à ses concurrents (museion, libraria, armarium…) pour désigner trois entités qui ne se recouvrent pas exactement, mais qui exercent de l'une à l'autre une forte attractivité : un corpus (de textes), une collection (de supports textuels physiques), un lieu (dédié à la conservation des livres et à l'accueil de leurs lecteurs). L'ordre dans lequel ces trois dimensions sont articulées n'est jamais indifférent, comme en témoigne l'Encyclopédie dans un article non signé qui peut être attribué à Diderot : « Une bibliothèque est un lieu plus ou moins vaste, avec des tablettes ou des armoires où les livres sont rangés sous différentes classes […]. Outre ce premier sens littéral, on donne aussi le nom de bibliothèque à la collection même des livres. Quelques auteurs ont donné, par extension & par métaphore, le nom de bibliothèque à certains recueils qu'ils ont faits, ou à certaines compilations d'ouvrages. Telles sont la bibliothèque rabbinique, la bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, bibliotheca patrum, &c. » (1752). Le sens que l'Encyclopédie place en troisième position est cependant le premier apparu. Dans l'Occident latin la bibliothèque fut d'abord réunion et agencement de textes, sans considération pour leur support et leur matérialité ; le terme s'appliqua tout particulièrement à la Bible, l'identifiant comme un ensemble organisé de textes, mais il désigna aussi d'autres assemblages auxquels on reconnaissait (ou auxquels on assignait) une unité organique, par l'effet d'un acte de sélection qui n'exposait pas toujours ses principes : corpus, florilège, trésor (thesaurus), parangon, parnasse… À l'âge de l'imprimé, de telles « bibliothèques » désignèrent naturellement les collections éditoriales qui développèrent des séries homogènes, souvent inspirées d'un modèle économique qui était celui du périodique, autour de vastes corpus textuels : les romans (Bibliothèque universelle des romans à partir de 1775), le théâtre (Petite bibliothèque des théâtres à partir de 1783), les livrets d'opéra... À partir du XIX e s. ces programmes devinrent plus encadrés et plus cohérents, tendus par l'ambition ou l'illusion d'une complétude, dans un format unifié où tous les titres individuels partageaient une identité visuelle, un même mode de diffusion et souvent un prix unique lorsque les collections étaient engagées dans la course au livre bon marché (Bibliothèque Charpentier en 1838, puis Bibliothèque des chemins de fer chez Hachette…). La bibliotheca n'a désigné une collection physique de livres qu'à partir du XIII e s., et encore son usage dans ce sens reste-t-il rare avant le XVI e s. Par synecdoque le terme s'applique enfin au lieu assigné à la conservation des objets textuels, avec une évidence d'autant plus affirmée que cet espace regagne en Occident, à l'âge moderne, la visibilité et l'unité topographique qui étaient les siennes dans l'espace public antique : d'abord niches et/ou coffres répartis dans les lieux conventuels (église, cloître, réfectoire), puis aile dédiée d'un monastère ou d'un palais (Richelieu en 1642, Mazarin en 1646), enfin bâtiment autonome à Oxford au XVIII e s. (Bodleian Library) ou à Paris depuis le XIX e s. (nouvelle Bibliothèque Sainte-Geneviève en 1851), la bibliothèque est devenue en tant que tel un instrument des politiques de la ville. Car son espace n'est plus tant le lieu de la conservation, que celui de l'agencement des sources et des ressources qui déterminent sa fonction, et de l'efficacité des services qui assurent leur disponibilité pour un large éventail d'usages sociaux. Au plus ancien rang de ceux-ci figurent sans doute la construction du savoir et son enseignement, mais on évoquera pêle-mêle la mémoire des hommes et des civilisations, la justification d'un ordre politique ou l'expression d'un pouvoir, l'exercice d'une citoyenneté, le moyen d'un loisir ou l'instrument d'une consommation culturelle… Cette bibliothèque sanctuarise-t-elle avant tout des preuves (pour assurer la légitimité d'un ordre ou de l'État qui l'a conçue ; pour répondre à une demande sociale) ? Avant même l'organisation des services d'archives centraux des États européens à partir des XV e et XVI e s., c'est en effet la bibliothèque qui a constitué l'archive du pouvoir, conservant les sources de la légitimité de ses droits, par exemple à Avignon au temps du pape Benoît XII (1334-1342), ou à Paris à la fin du XIV e s., lorsque Charles V fit rassembler à la librairie du Louvre les titres du domaine capétien et les bulles octroyées aux rois de France.
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Contributor : Yann Sordet Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, November 13, 2020 - 5:39:56 PM
Last modification on : Tuesday, November 23, 2021 - 1:52:01 PM
Long-term archiving on: : Sunday, February 14, 2021 - 7:49:31 PM

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  • HAL Id : hal-03004773, version 1

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Yann Sordet. Bibliothèque. En quête de sources, Ecole des chartes, p. 74-79, A paraître, 978-2-35723-158-0. ⟨hal-03004773⟩

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