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Directions of work or proceedings

Quelle littérature aujourd'hui en classe de FLE?

Résumé : En didactique du Français Langue Maternelle, la question de l’enseignement de la littérature a toujours été centrale même si elle a, en tant que champ de recherche, connu des péripéties sémantiques. L’objet littérature est passé de « proto-notion » (Rosier, 2002) à celui de « concept » (Dufays, 2002), préféré plus tard à celui de « notion » (Dufays et alii, 2005). Plus tard encore, Daunay (2007) l’a considéré comme un « paradigme ». Cet éclectisme non figé montre en somme que l’objet littérature, pouvant passer également de « pré-concept » à celui de « concept » (Louichon, 2009), amène à des discussions théoriques qui portent aussi sur le statut des objets à enseigner et les pratiques à mettre en place. En didactique du Français Langue Etrangère, les intérêts pour la littérature comme objet du discours didactique sont autres. Pour certains, le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECR) contribue partiellement à l’évincer des programmes pédagogiques (Godard, 2015). Morel (2012), plus modérée à ce sujet, souligne que le Cadre évoque certes peu la littérature mais ne la néglige pas. Il y est précisé en effet que « les littératures, nationale et étrangère, apportent une contribution majeure au patrimoine culturel commun européen » (Conseil de l’Europe, 2001 : 47). Mais de quelle littérature parlons-nous véritablement ? D’une méthodologie à une autre, la littérature reste « un levier pour des approches renouvelées de la langue » (Godard, 2015) heureusement présente dans les pratiques d’une francophonie dynamique. Dans ce numéro, nous avons pour ambition de favoriser des rencontres intellectuelles autour de l’enseignement de la littérature en classe de FLE. Les trois premières contributions de ce volume seront consacrées aux réflexions didactiques sur le sujet alors que les deux suivantes, au travers de propositions pédagogiques nouvelles, aspirent à concevoir différemment l’enseignement de cette discipline. Nous avons choisi d’ouvrir le présent numéro avec la contribution de Christian PUREN, qui tente le pari de (ré-)concilier CECR et littérature. L’auteur apporte un nouvel éclairage en démontrant que la didactique des langues-cultures et plus particulièrement la perspective actionnelle, peuvent être au service de la littérature. Il invite le lecteur à comprendre que cette discipline a révélé au fil du temps des « logiques documentaires » qui constituent un modèle complexe à la disposition des enseignants et autres acteurs pédagogiques. Il est également question d’analyse diachronique de la didactique des langues dans l’article de Francine CICUREL au travers duquel des conceptions pédagogiques sont discutées. Après en avoir évoqué quelques-unes ayant accompagné l’approche de la littérature, l’auteure propose de mettre l’accent sur le fait que le texte « parle » au lecteur. La littérature et sa vocalité dans la textualité, deviennent une ressource pour le lecteur qui, en prêtant attention au déroulé d’une action, peut construire ou enrichir son répertoire actionnel. La réflexion se poursuit avec l’article d’Alessandra KELLER-GERBER qui met au cœur de la discussion didactique la personne en situation de mobilité et son expression de soi au travers des œuvres littéraires. A la lecture d’autoportrait nait le fait de se dire en classe autant que le fait d’« être dit » dans le pays d’accueil. Son propos, illustré par une exploitation du texte de Kristof, met en perspective la notion de capital narratif et de schèmes d’interprétation sur fond de paysage discursif. L’auteur démontre alors que la littérature devient un terrain discursif où le soi d’ailleurs et le soi présent à l’étranger peuvent amener à développer une compétence autobiographique. L’article suivant de Marie-Pascale HAMEZ, sert à la fois de transition et d’introduction à la seconde partie de ce numéro focalisée sur les enjeux pédagogiques de l’enseignement-apprentissage de la littérature. L’auteure détaille un parcours de lecture multimodale qui contribue à développer les compétences interculturelles des étudiants. Dans son article, HAMEZ précise l’intérêt didactique de tels objets culturels et réfléchit aux conditions de leur exploitation pédagogique en classe de FLE en milieu universitaire. Il est mené dans cette contribution une étude s’appuyant sur un exemple de parcours multimodal, conçu autour du roman Un sac de billes de Joseph Joffo (1973), adapté au cinéma par Jacques Doillon (1975) puis par Christian Duguay (2016) et enfin transposé en bande dessinée par Kris et Vincent Bailly en 2011 et 2012. Marie-Françoise BERTHU-COURTIVRON et Marie-Françoise BOURVON, quant à elles, tentent de faire acquérir une compétence orale à leur public d’apprenants en exploitant les textes littéraires. Bien que cela puisse paraître paradoxal puisqu’il s’agit de supports écrits spécifiques, les auteurs démontrent que la littérature est un outil formidable pour se concentrer sur le suprasegmental, le rythme et la segmentation du discours oral dans l’écrit. Le potentiel d’oralisation de ces textes littéraires offre la possibilité de développer de manière originale les connaissances des apprenants. Au travers des réflexions menées au long de ce volume, nous avons proposé un aperçu de la littérature, objet d’apprentissage ou discipline, identifiable dans un continuum de pratiques didactiques, pédagogiques, culturelles, dans une diversité francophone, et qui modifie les relations entre langue et contenu littéraire mais aussi entre les individus eux-mêmes. Comme le soulignent très justement Defays, Delbart, Hammami & Saenen (2014), le texte littéraire dans ses origines les plus variées est et restera pendant encore longtemps au cœur des préoccupations contemporaines, tant il facilite le dialogue des cultures et l’ouverture à l’autre. Le dernier mot de ce volume sera accordé à An-Chyun JENG qui invitera à prolonger cette réflexion sur la littérature et ses auteurs. Il s’agira, en guise d’épilogue, de montrer comment dédramatiser l’apprentissage de la grammaire de la langue française, réputée difficile, en soulignant que la règle ne fait pas l’usage. Grâce aux textes littéraires de grands auteurs tels que Flaubert ou Stendhal, l’auteur nous apprend que même les scripteurs experts se questionnent quant à l’emploi de certaines conjugaisons, conjonctions ou prépositions. Que nous soyons apprenant-acteur, enseignant-didacticien et tout bonnement auteur littéraire, la littérature ouvre un espace de discussion diversement habité et c’est ce qui fait, à notre humble avis, tout son intérêt.
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02544295
Contributor : Julie Rançon <>
Submitted on : Thursday, April 16, 2020 - 11:09:48 AM
Last modification on : Friday, July 17, 2020 - 8:38:04 AM

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  • HAL Id : hal-02544295, version 1

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Julie Rançon, Laurie Dekhissi, Effrosyni Lamprou. Quelle littérature aujourd'hui en classe de FLE?. Poitiers, France. Cahiers FoReLLIS - Formes et Représentations en Linguistique, Littérature et dans les arts de l'Image et de la Scène, Université de Poitiers, 2020. ⟨hal-02544295⟩

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