, Nous retrouvons l'atelier d'Abel, celui au mur couvert d'un tableau

, Sur un grand tableau, Abel a recopié toutes les statistiques contradictoires dont les médecins les ont abreuvées. Tous se tiennent donc devant ce tableau

C. Abel, Vous ne pouvez pas raisonner comme ça, en segments : vous comptez d'une année sur l'autre. (À Junon) Mais, excusez-moi, Junon : vous allez mourir à un instant précis, vous ne mourrez pas à une date anniversaire?

, Si vous êtes blessée ou si vous mourez, vous l'êtes absolument. Il va pas vous arriver 10 ou 12 % de vie ou de mort, il vous arrivera l'événement en entier

, Regardez ! Sous les yeux sidérés de l'assistance, Claude commence ses corrections? Claude -Non, la raison n'est pas de 1 demi ! 50 %, c'est 1 moins exponentiel moins lambda, égale le logorythme de 2? (Et puis !) Claude La formule de l'espérance de survie est une intégrale de 0 à l'infini, de t exponentiel -t dt = 1 sur 0, 61 Nés d'un oeuf différent

J. Ascher, J. Jouet, and L. Greffe?, , p.56

C. N. Voir, sq 76 : « c'est un homme admirable », et sq 117 : « Claude est homme admirable

, Soit : ? º ? te -t dt = 1/ 0, 69 = 1, 45 [?] Sans la greffe

. De-la-même-manière?-avec-le-traitement, Claude commence à corriger toutes les formules d'Abel. Il corrige la ligne : Espérance de vie = 30% x 1 50% x (5 1) = 3, 3 ans, remplaçant 3, 3 par 3, 7. Claude -Maintenant, on pondère vos cinq années de vie en moins par la probabilité qui est faible, de même on majore vos 2, 3 ans de vie avec traitement par la probabilité qui, elle

, Abel s'est levé, les yeux rivés au tableau. Abel -Vous permettez? Claude (Il lui tend la craie) -Je vous en prie? Abel calcule lui-même et écrit le total : 1, 7. Claude (Il conclut) -Malade ou non, si vous vous soignez, en moyenne, vous gagnez à peu près deux ans. Abel est épaté

A. , Enchanté) -C'est mieux

C. , Pour finir de convaincre Junon du bien-fondé de la greffe) -Je sais que vous ne voulez pas jouer? Mais la seule liberté qui vous reste, c'est la mise

. Qu, la séquence ne saurait marquer plus nettement son insistance à rejouer l'argument du pari et, à travers le dialogue de Claude et Junon, celui de Pascal et du libertin. « Entrer dans un jeu », comme l'écrit Laurent Thirouin dans l'ouvrage dont la couverture compose le premier plan de la séquence, « c'est se déposséder volontairement d'une certaine somme, en échange de quoi l'on reçoit le "droit d'attendre ce que le hasard peut donner 64 " » En l'occurrence, quoique la mise en scène empêche le spectateur d'en suivre les étapes pour ne privilégier qu'un effet mathématique de surface, la démonstration proposée par Claude vise à convaincre Junon qu'elle est susceptible d'attendre plus que ce dont elle se dépossédera, et que la partie étant engagée, qu'elle le veuille ou non, sa seule liberté est bel et bien la mise. Cela étant, si clairement dérivée soit-elle du fragment « infini/rien », cette scène apparait en réalité moins

L. Simon and . Vuillard, Comme Ivan son cousin, Simon était, à 20 ans, follement amoureux de Sylvia. Pour autant, renonçant à cette dernière, Simon a finalement fait le choix sacrificiel de la « donner » à Ivan, qu'elle a par la suite épousé. Or voilà que Sylvia

L. Thirouin, Le Hasard et les règles. Le modèle du jeu dans les Pensées de Pascal, p.113, 1991.

, Séq. 105. Int. Dans la cuisine -Maison

, Il est très tard, tout le monde est couché sauf Simon qui lit dans la cuisine silencieuse? Sur le livre, des photos de paysages antiques : ici, l'Arcadie, plaine gris sale. Sylvia entre et se plante devant la table où Simon s'est assis. Elle est en robe de nuit blanche. Simon sourit sans bien comprendre. Bruits de pluie et de chaudière. À celui qui l'a « donnée » à son mari. Sylvia -Ce soir

. Simon--je-ne-t, ai donnée à personne ! J'avais vingt-sept ans et j'étais un imbécile. J'étais creux. Je suis un homme creux. Sylvia -Est-ce que tu m'aimais ?

. Sylvia--est, -ce que tu m'aimes ? Simon -Oui. Sylvia -T'es une ordure

. Sylvia--tu, Ivan t'aimait infiniment. Sylvia -Non, c'est ton amour qui était infini. Tu as joué à ma place et tu as triché. Maintenant, je ne saurai jamais rien de ma vie, Simon -J'avais raison

». Simon-se-donne-ici-pour-un-«-homme-creux, ». Et-sylvia-de-confirmer-:-«-une-ordure, and ». En-Écho-;-«-que-le-coeur-de-l'homme-est-creux-et-plein-d'ordure, Si Simon a bel et bien peur de l'amour, Junon, pour sa part, n'a pas tant peur de la mort que des risques de GVH cutanécomprenons par là-même, des risques de brûler. Comme elle le confie à son époux, « Je n'ai pas du tout envie de finir comme Jeanne d'Arc. Je préfère mourir d'un gentil cancer que de brûler devant toi 65 . » Peur de la sainteté ou peur de l'amour, Junon et Simon se dérobent donc devant un même feu, figurant simplement deux perspectives sacrificielles complémentaires. Par ailleurs, Claude ne saurait être compris trop rapidement comme l'envers de Sylvia, au sens où le discours de la raison se

, Il s'ouvre sur le personnage secondaire de Spatafora, apportant des cadeaux à l'intention de Junon et d'Elizabeth, dont il est l'amant, et se referme sur la première apparition de Claude, qui est donc l'époux d'Elisabeth : Séq. 70. Ext. Devant maison, Roubaix -Matin, Spatafora -Ah. Tu passeras ça pour Junon. Il lui tend un petit cadeau dans un papier décoré. Spatafora -Elle est là, Elizabeth ? Simon -Sûr. Les deux hommes sourient. Spatafora -Tu lui feras la bise

, Elizabeth nettoie le lustre tandis que Junon passe l'aspirateur. Toutes deux sont encore en pyjama et robe de chambre

, Il leur tend les deux paquets cadeaux

. Simon--cadeaux and . Spatafora,

. Cn,

. Junon, Sous le charme de Spatafora) -Ça, c'est tombé du camion ! Elles ouvrent leurs paquets

, Junon -C'est gentil. Elizabeth -Ouais. Il est gentil

, Junon a reçu un flacon de parfum, Elizabeth une chaîne en or avec un coeur

, Ext. Roubaux. Int. Aéroport Lille -Matin

. Le-coeur-d'or-tournoie-encore-sur-la-grande-place-de-roubaix, Nous sommes maintenant à l'aéroport de Lille. Claude traverse l'aéroport désert. Lourde veste, chapeau : il vient de loin. Claude (En narrateur, voix off) -Depuis l'hospitalisation de mon fils et l'annonce de la maladie de sa grand-mère, je n'ai cessé de calculer. Risque de mortalité lié aux allogreffes, 5 à 20%, risque de rechute 15 à 30%, la probabilité de guérison se situe aux alentours de 40 à 50% mais les risques de GVH aiguë atteignent les 50%. Nous sommes la veille de Noël

, Le montage est ici éloquent : de la figure d'amant incarné par Spatafora à la figure de savant incarnée par Claude, nulle solution de continuité, mais une transition des plus sensibles marquée par cette forme de trait d'union que figure Elizabeth, certes, mais plus encore

, aide de moyens proprement narratifs et cinématographiques, c'est-à-dire d'une manière le plus souvent oblique et et Ascher, dont les nombreux développements sur l'évaluation des rapports gain / perte, sur la dissolution de l'identité et sur l'émergence des chimères biologiques étaient susceptibles de fonctionner comme autant de chambres d'écho, mobilisant spontanément des associations culturelles convergentes. Cela étant, une autre raison moins contingente peut sans doute être avancée, relative à la compatibilité foncière des démarches stylistiques de l'apologiste et du cinéaste, Jouant un rôle largement transversal et structurant, les greffes pascaliennes auxquelles procède Un conte de Noël rejouent pour l'essentiel les grands thèmes des Pensées

». «-une-conversation and D. Bonus, La Vie des morts et La Sentinelle, Éditions Cahiers du Cinéma, collection « Deux films de, 2003.