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Du vaudeville au roman pour la jeunesse : les métamorphoses de l’oncle d’Amérique (1826-1918)

Résumé : De Scribe et Mazères (1826) à Henry de Gorsse (1918), de nombreux auteurs, comme Dennery et Grangé, Virginie Ancelot, Cassien de Kermadec, Pierre Valdagne, Henry Levavasseur, Victor de Cottens et Victor Darlay et Louis Autigeon, ont mis en scène un « oncle d’Amérique » dans des vaudevilles, des comédies burlesques et des pièces à grand spectacle publiées ou restées manuscrites. Leur personnage est une fonction (celui qui produit les dénouements), une citation (d’une tradition théâtrale) et le créateur de mises en abyme. Venu du théâtre, l’oncle d’Amérique entre dans le genre narratif dans les années 1840. Il traverse La muse du département (1843) d’Honoré de Balzac, « L’Oncle d’Amérique » (1852) d’Émile Souvestre, « L’Oncle d’Amérique et le neveu de France » (1865) d’Anaïs Ségalas, Le neveu de l’oncle Sam d’Albert Boissière (1918) avant de devenir, dans les années 1880, un personnage récurrent de romanciers pour la jeunesse comme Jules Girardin, Du Chatenet, Eugène Parès Émile Desbeaux, Stella Blandy, R. Renault, Joséphine-Blanche Colomb, André Laurie. Les romanciers traitent ce personnage qui incarne l’essence de la convention théâtrale depuis Scribe, soit en renouant le pacte réaliste (Souvestre, les romanciers pour la jeunesse), soit en prolongeant la comédie dans la comédie des vaudevilles et en rendant hommage au théâtre (Ségalas, Boissière). Quant à Balzac, qui a emmené l’oncle d’Amérique de la scène au récit, il articule réalisme romanesque et convention théâtrale de manière plus ambitieuse que ses successeurs. Le type théâtral de l’oncle d’Amérique s’insère parfaitement dans La muse du département qui retrace l’ascension d’une famille bourgeoise sous la Restauration. Cette « invention des dramaturges » éclaire la vérité de la « vie réelle » fondée sur une hypocrisie généralisée, dans le couple comme dans la société. L’Amérique des théâtres et des romans recouvre un espace qui est moins géographique que mental. Avant même la fin de la guerre de Sécession et la victoire des unionistes, un même tropisme amène les auteurs à rêver et à réfléchir à partir d’une zone identifiée au Nord des États-Unis. L’oncle d’Amérique des théâtres et des romans est le témoin d’une société qui change de ce côté-ci de l’Atlantique. Il permet d’enregistrer, voire d’annoncer, les mutations de la société française et il reflète l’état des relations entre la France et les États-Unis. Quant aux oncles d’Amérique des romans pour la jeunesse, ils offrent une leçon morale et économique. Par leur réussite industrielle ou commerciale, par leurs inventions techniques (qui ne sont pas toujours dépourvues de possibles applications militaires…), ils prouvent aux lecteurs que les Français peuvent s’assimiler des qualités considérées comme des apanages anglo-saxons : audace, pragmatisme, volonté et persévérance.
Document type :
Journal articles
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02501694
Contributor : Isabelle Guillaume <>
Submitted on : Saturday, March 7, 2020 - 6:45:13 PM
Last modification on : Sunday, March 8, 2020 - 1:34:23 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02501694, version 1

Citation

Isabelle Guillaume. Du vaudeville au roman pour la jeunesse : les métamorphoses de l’oncle d’Amérique (1826-1918). Travaux de littérature, ADIREL (Association pour la Diffusion de Recherche Littéraire), Klincksieck, 2011, Les Amériques des écrivains français, 24, pp.235-244. ⟨hal-02501694⟩

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