L’utérus entre technique et nature : les discours féministes dans l’expérience des femmes césarisées

Résumé : À partir d’un travail de doctorat de sociologie en cours portant sur les discours sur la césarienne et leur réception par les femmes césarisées en France actuellement, cette communication s’appuie sur une vingtaine d’entretiens de femmes césarisées et sur l’analyse lexicale de 5000 messages d’un forum spécialisé, étudiés à l’aune de la littérature militante et médicale. Au delà des discours normatifs sur l’accouchement, il existe tout un nuancier de perceptions de la césarienne chez les femmes, allant de celles qui la recherchent activement à celles qui la subissent. La seule question « ai-je accouché ? » est ici complexifiée et rencontre diverses réponses, empreintes d’arguments savants, féministes ou (anti)naturalistes. D’une part, chez celles adhérant à la norme de l’accouchement « naturel », une césarienne subie peut provoquer un sentiment d’«échec»: elles peuvent ainsi avoir l’impression d’être « anormales », « ignorantes » (ne pas « connaître » les contractions utérines...) et d’avoir un corps et un utérus « défaillants ». Les récits montrent que la césarienne mal vécue est souvent expérimentée comme une disjonction « aliénante » entre soi-même et le « corps-utérus », à laquelle la femme assiste passivement et qui est parfois interprétée comme une « violence » patriarcale. Ensuite, les femmes demandant cette opération sans motif médical vont à contre-courant de discours dominants. Leur démarche est étiquetée comme déviante, voire antiféministe et paradoxalement condamnée avec des stéréotypes de genre classiques. Pourtant, certaines se réclament du féminisme et perçoivent la césarienne comme un outil de libération, en témoigne une enquêtée ayant l’impression de ne plus s’appartenir pendant la grossesse et d’avoir un « squatteur » dans l’utérus. Inciser l’utérus et éviter la voie basse revient ici à faire taire ce corps devenu encombrant et à mettre fin à cet état perçu comme naturellement inégalitaire. Même si la capacité à conférer un sens féministe ou (anti)naturaliste, à s’opposer aux décisions médicales et aux normes sociales ou à investir son accouchement est fortement corrélée au fait d’être jeune et diplômée, la césarienne révèle des socialisations corporelles individuellement différenciées, au delà des discours militants parfois schématiques.
Document type :
Conference papers
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02351680
Contributor : Maëlys Bar <>
Submitted on : Wednesday, November 6, 2019 - 2:59:03 PM
Last modification on : Thursday, November 7, 2019 - 1:31:42 AM

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  • HAL Id : hal-02351680, version 1

Citation

Maëlys Bar. L’utérus entre technique et nature : les discours féministes dans l’expérience des femmes césarisées. L'uterus, de l'organe aux discours, Oct 2019, Lorient, France. ⟨hal-02351680⟩

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