Maisons et maisonnées inuit : un modèle culturel résilient

Résumé : Dans notre imaginaire arctique, l'iglou et la banquise occupent une place de choix. L'un comme l'autre évoquent le froid, la neige, l'immensité d'un environnement sans arbres, la proximité des hommes du pôle avec la nature, leur résistance physique et leur légendaire ingéniosité technologique. L'iglou-la maison de neige-est emblématique du peuple inuit. À tel point qu'on en oublie qu'ils n'y vivaient qu'une partie de l'année, au coeur de la période froide : approximativement de décembre à avril pour les Inuit du Nunavik. Aux autres saisons, ils vivaient dans des tentes en peau, de phoque ou de caribou. Et l'on sait peu que l'iglou n'était connu que des Inuit de l'Arctique central (Canada). Ceux d'Alaska et du Groenland vivaient l'hiver dans des maisons en bois et tourbe. Quoi qu'il en soit, toutes les formes de l'habitat inuit étaient marquées par leur caractère provisoire et inscrites dans une vision valorisant la mobilité. On n'habitait guère plus de trois à quatre semaines dans le même iglou. Passé ce temps, soit on se déplaçait pour s'installer sur une autre partie du territoire, et l'on y construisait une nouvelle maison, soit on restait au même endroit mais on érigeait un nouvel iglou pour remplacer le précédent, usé par l'intensité de la vie s'y déployant. Mais pour éphémère qu'il soit, cet habitat n'avait rien de précaire du point de vue de ses habitants. Structure de neige arrondie, simple mise en forme ingénieuse du couvert neigeux, l'iglou se fond dans le paysage de l'hiver arctique. Seul le signale le mince filet de fumée qui s'élève au-dessus du dôme, lorsque ses occupants sont présents et éveillés. Dans son apparence même, il prolonge l'Inuk, l'être humain. De profil, il reproduit le corps d'une personne allongée sur le dos, une sorte de géante dont l'abdomen proéminent évoque celui de la femme enceinte. L'iglou est ainsi une méta-personne qui enveloppe, protège et répare-par le repos qu'il procure-la vie de ses habitants, à l'image du corps féminin qui entoure et alimente le foetus, l'aidant à grandir et à se développer Dans la langue inuit, les mots qui désignent les parties de l'iglou et ceux qui désignent les parties du corps sont d'ailleurs pour une bonne part les mêmes : vulve (l'entrée), gorge (le couloir d'entrée), coeur (l'emplacement de la lampe qui chauffe et éclaire), nez (le trou d'aération), dos (le fond de l'iglou), etc. Comme un être humain en mouvement, l'iglou est orienté selon les quatre points cardinaux. La taille de l'habitation s'adapte à la taille de la maisonnée, donnant une expression spatiale au corps social. Son organisation interne est d'une remarquable stabilité, tant d'une saison à l'autre qu'à travers les siècles, qui contraste avec la labilité qui caractérise l'espace extérieur. Au débouché du couloir d'entrée, la maison s'ouvre sur une aire centrale dégagée, limitée vers le fond par une large banquette surélevée qui occupe un tiers ou la moitié de la superficie totale. On s'y tient assis le jour, on y dort les uns contre les autres la nuit. La lampe (à huile de phoque de préférence) est le point central de la maisonnée. Elle chauffe et éclaire, cuit les aliments et sèche viandes et vêtements suspendus au-dessus de la flamme. Décalée par rapport au couloir d'entrée, à l'abri des courants d'air, cette lampe (qulliq) est installée sur une petite table de neige recouverte d'un morceau de fourrure. C'est un objet personnel, qui appartient en propre à la femme qui l'entretient, et qui se transmet de mère en fille.
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Contributor : Béatrice Collignon <>
Submitted on : Saturday, November 2, 2019 - 8:19:33 PM
Last modification on : Tuesday, November 5, 2019 - 9:37:54 AM

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Béatrice Collignon. Maisons et maisonnées inuit : un modèle culturel résilient. in Chantal Spillemaecker (dir). Nunavik - en terre inuit, Musée Dauphinois, p. 64-73, 2016. ⟨hal-02342954⟩

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