Texte de cadrage de l'atelier "Lire et travailler avec la traduction par temps de mondialisation", 8e Congrès de la SELC, Lille, 2019

Résumé : Texte de cadrage de l'atelier « Lire et travailler avec la traduction par temps de mondialisation »-8e Congrès de la Société Européenne de Littérature Comparée, Lille, 26-30 août 2019-Chloé Chaudet (UCA, CELIS) / Claire Placial (Université de Lorraine, Écritures) L'étude de littératures dont le chercheur ne maîtrise pas ou maîtrise mal la langue est peu pratiquée au sein de la recherche comparatiste française, à l'inverse de ce qui peut se pratiquer en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Si cette différence pourrait s'expliquer par un goût pour la micro-analyse sans doute plus marqué dans l'Hexagone, elle manifeste également une frilosité à intégrer les littératures extra-occidentales dans les corpus d'étude. Ce constat général n'empêche pas que certaines initiatives récentes se soient appuyées sur la traduction pour faire quand même porter la voix d'écrivains s'exprimant depuis un domaine linguistique extra-européen : on pensera en particulier à la présence de La Terre nous est étroite et autres poèmes de Mahmoud Darwich, traduit de l'arabe par Elias Sanbar, au sein du programme d'agrégation de littérature comparée de 2016 et 2017, coordonné par Carole Boidin, Ève de Dampierre-Noiray et Émilie Picherot. À l'heure où les débats sur la mondialisation culturelle imprègnent de plus en plus la sphère européenne, cet atelier vise à interroger nos réflexes et nos pratiques comparatistes face aux textes traduits. Si la question des modalités de la lecture en traduction a déjà donné lieu à des propositions fructueuses au sein de la recherche en littérature générale et comparée (on pensera notamment à l'article de synthèse d'Yves Chevrel paru en 2006 1), l'ouverture du marché éditorial européen à des auteurs extra-occidentaux, de plus en plus traduits depuis les années 1980, invite à les prolonger afin de penser à nouveaux frais les méthodes de notre discipline. Les contributions pourront ainsi aborder, entre autres : (1) une réflexion sur la nécessité de développer l'étude des traductions d'oeuvres initialement créées dans des langues non-européennes voire dans des « langues rares » que ne maîtrise pas ou peu le chercheur. Il s'agirait notamment de réfléchir aux enjeux de ce que l'on qualifiera provisoirement de « traductologie distante » (expression inspirée du concept de « distant reading » forgé par Franco Moretti 2) : l'ambition serait ici de trouver un « juste milieu méthodologique » entre l'exclusion automatique de textes dont le chercheur ne maîtrise pas la langue et le nivellement auquel procède une certaine tendance critique états-unienne associant la « World Literature » aux textes littéraires traduits en anglais 3. (2) une interrogation plus générale sur la place des littératures traduites au sein de la recherche et de l'enseignement en littérature générale et comparée des quarante dernières années, en France et en Europe ; (3) une réflexion sur la nécessité de s'engager dans une critique littéraire assumant le risque et/ou l'inconfort afin d'interroger nos approches de la traduction parallèlement aux idéologies qui les fondent : on pensera par exemple à la question de la translation du « barbare » dans une perspective post-adornienne, ou à l'importance accrue des phénomènes d'hétéro-linguisme 4 au sein des littératures en langues européennes, qui invitent notamment à repenser l'idée de langue-source. 1 Voir Yves Chevrel, « La lecture des oeuvres littéraires en traduction : quelques propositions », L'Information littéraire, vol. 58, n°1, 2006, p. 50-57 [consultable en ligne], URL : https://www.cairn.info/revue-l-information-litteraire-2006-1-page-50.htm. L'hétérolinguisme est ici à comprendre comme « la présence dans un texte d'idiomes étrangers, sous quelque forme que ce soit, aussi bien que de variétés […] de la langue principale », Rainier Grutman, Des Langues qui résonnent. L'hétérolinguisme au XIX e siècle québécois, Québec, Fides, 1997, p. 37-définition que reconfigure Myriam Suchet, en proposant une bascule de la notion de « présence » à celle de « mise en scène », dans son étude L'Imaginaire hétérolingue. Ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues, Paris, Classiques Garnier, 2014.
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Contributor : Chloé Chaudet <>
Submitted on : Thursday, February 28, 2019 - 12:22:51 PM
Last modification on : Monday, March 11, 2019 - 3:42:02 PM

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Chloé Chaudet, Claire Placial. Texte de cadrage de l'atelier "Lire et travailler avec la traduction par temps de mondialisation", 8e Congrès de la SELC, Lille, 2019. 2019. ⟨hal-02052147⟩

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