Le projet migratoire à l'épreuve des situations de retour intermédiaires : la circulation estudiantine Algérie-France

Résumé : Destination privilégiée des étudiants algériens en raison des liens historiques liés au passé colonial et postcolonial, la France voit désormais son statut de pays d'installation se transformer au point de devenir une étape dans un champ migratoire (Simon 2008) ouvert et élargi. Si l'hexagone parvient à capter 75% de migrants qualifiés algériens 2 , bien plus que le Canada (11%) ou la Grande Bretagne (4%) (Musette 2016), ces derniers ne peuvent aisément rester après leurs études du fait de la difficulté à transformer un statut d'étudiant en statut de salarié 3 , condition nécessaire au maintien du séjour après les études. Cette situation, dont le caractère inédit contraste avec d'autres pays désireux de transformer la mobilité estudiantine en migration qualifiée, invite à considérer plus largement la façon dont les contraintes-politique, économique, administrative-participent de la recomposition du sens du mouvement 4 et des significations données au projet migratoire. Parce que celui-ci peut être défini comme un engagement dans l'action qui mobilise l'individu et le groupe dans le travail d'attribution de sens, les situations de retours intermédiaires, lors de la période des études, constituent des étapes riches permettant de documenter les évolutions du projet. Ces retours intermédiaires sont à distinguer du retour pérenne, cette séquence ultime, point d'aboutissement (Blanchard et al. 2016 : 64) du projet migratoire, souvent présenté sous la forme d'une intention. Considérant ces situations de retours intermédiaires comme l'espace-temps privilégié où s'entrechoquent des expériences multiples, nous proposons l'hypothèse selon laquelle (se) retourner sur des lieux familiers, pendant la période des études, s'accompagne paradoxalement d'un écart, et, de cette distance prise avec le pays natal, résultent les conditions propices à la reconsidération du sens donné au projet. Aussi, convient-il de saisir les modes évolutifs du projet migratoire, ses mises à l'épreuve éventuelles lors des retours intermédiaires, et la redéfinition, le cas échéant, des engagements pris avec les proches. En somme, nous souhaitons analyser les modulations du projet migratoire en tenant compte des contraintes externes qui pèsent sur les parcours et des distances, sociales et affectives, qui s'instaurent avec le pays natal. Pour ce faire, nous mobiliserons le matériau d'une enquête qualitative recueilli auprès d'étudiants algériens ayant obtenu un visa d'études pour poursuivre leur formation sur l'un des sites universitaires d'Aix-Marseille 5. Les récits des pratiques de retour par des étudiants dont la durée d'installation en France varie d'une année à cinq années ont permis de mettre en évidence les multiples investissements dont elles font l'objet, élargissant ainsi considérablement l'espace sémantique de cette pratique. Parce que retourner au pays natal recouvre une diversité de cas, une typologie de ces retours sera présentée à partir des effets induits sur la construction des parcours. Nous tenterons ensuite, dans les deux point suivants, de saisir la façon dont ces pratiques de retour transforment le sens donné au projet migratoire et, ce faisant, ouvre sur la considération d'un espace transnational propice au déploiement de nouvelles pratiques. En somme, nous verrons que l'analyse des situations de retour, 1 Aix-Marseille Univ, CNRS, LAMES (UMR 7305), Aix-en-Provence, France. constance.degourcy@univ-amu.fr 2 Ces pourcentages sont établis à partir d'un corpus comptabilisant 267 799 Algériens de niveau supérieur en Europe. Précisons également qu'à la différence des Marocains et Tunisiens, les Algériens partent peu à l'étranger (ISU/UNESCO, 2014). 3 Les étudiants algériens n'ont pas accès aux « métiers en tension », c'est-à-dire aux métiers qui connaissent des difficultés de recrutement et dont la liste est négociée dans le cadre des accords bilatéraux. 4 Cette recomposition à l'oeuvre permet ainsi de voir comment s'organise le passage d'une configuration de couple migratoire à une configuration diasporique. 5 Le corpus se compose de vingt-cinq entretiens approfondis réalisés à Oran entre 2007 et 2011 et de vingt-six autres entretiens menés auprès d'étudiants algériens inscrits dans les universités d'Aix-Marseille. Seul le second corpus sera mobilisé. Le choix de privilégier les mobilités estudiantines tient au fait qu'elles présentent deux logiques d'engagement-les études et le projet professionnel-qui vont peser sur le projet migratoire.
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01991578
Contributor : Constance de Gourcy <>
Submitted on : Wednesday, January 23, 2019 - 10:31:36 PM
Last modification on : Thursday, February 7, 2019 - 4:04:28 PM

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  • HAL Id : hal-01991578, version 1

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Constance de Gourcy. Le projet migratoire à l'épreuve des situations de retour intermédiaires : la circulation estudiantine Algérie-France. Nathalie Thamin, Mohamed Zakaria Ali-Benchérif, et al. Mobilités dans l’espace migratoire Algérie France Canada, Aix-en-Provence, PUP, col. Sociétés contemporaines, 2019. ⟨hal-01991578⟩

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