Le Nord rêvé de William Morris : la mélodie infinie de la ligne septentrionale

Résumé :

Le Nord rêvé de William Morris : « la mélodie infinie de la ligne septentrionale ».

William Morris (1834-1896) est l’un des plus grands rénovateurs des arts décoratifs que l’histoire contemporaine ait connue. La diversité de ses champs d’action, de ses productions, laissent parfois l’observateur ou l’analyste perplexes devant la ligne sinueuse de ses décorations florales, l’imbrication apprêtée de ses motifs néo-gothiques ou au contraire, la simplicité dépouillée tendant vers l’abstraction de certaines de ses créations d’architecture intérieure. Son art reste un art complexe fait d’assimilations plus ou moins heureuses de sources multiples et parfois contradictoires. L’une de ses principales inspirations est le Nord.

Le Nord selon Morris peut-il être entendu comme un axe géographique précis et réel ? Il semblerait que non.

 

Si Morris s’intéresse d’abord à l’Islande, pays qu’il visite plusieurs fois en tant qu’esthète, il semble néanmoins procéder à un dépassement géographique lorsque le Nord est évoqué dans son œuvre. La ligne septentrionale se dilate, se dilue dans un Nord rêvé, qui n’est pas un ancrage facile à cartographier, mais un mythe. Le Nord agit comme un révélateur et met à jour les intentions profondes de l’artiste comme la volonté d’observer la nature et ses cycles, le refus de la distinction entre arts majeurs et mineurs, la réhabilitation du travail artisanal, la revendication d’une rénovation de la société par l’art et l’espérance fondamentale en la perfectibilité de la nature humaine.

 

Pour illustrer le glissement de la géographie à l’esthétique dans l’œuvre de Morris, nous fonderons notre démonstration sur l’évocation de ses carnets des voyages islandais, carnets où il met en regard l’observation de la faune, de la flore, des mœurs et de la société avec les sagas et l’Edda en particulier. Nous verrons parallèlement comment Morris constitue un corpus littéraire de traductions de contes nordiques, islandais mais aussi germaniques et plus largement gothiques. Cette reconstitution littéraire, très mélancolique et nostalgique des siècles passés, ressurgit plus singulièrement dans un pan remarquable de l’œuvre de Morris : celui des livres où il est tour à tour auteur, traducteur, scribe, poète ou imprimeur.

L’analyse de feuillets de manuscrits de l’artiste et de productions imprimées par ses Kelmscott Press, démontre cette vue singulière d’un Nord idéalisé.

Nous pourrons alors conclure en ouvrant notre perspective plus largement sur les appropriations gothiques et nordiques dans l’esthétique de la fin du XIXème – début du XXème siècle en montrant comment John Ruskin et surtout Wilhelm Worringer apprécient l’évolution tardive du gothique. Le gothique et le néo-gothique restant ainsi une expression de l’esthétique des peuples du Nord, transcendant une aire géographique ou temporelle stricte pour constituer, selon les mots de Worringer, « la mélodie infinie de la ligne septentrionale ».

 

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Contributeur : Okina Université d'Angers <>
Soumis le : vendredi 7 décembre 2018 - 13:23:20
Dernière modification le : mercredi 19 décembre 2018 - 14:14:01

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Citation

Florence Alibert. Le Nord rêvé de William Morris : la mélodie infinie de la ligne septentrionale. Le Nord. Un mythe artistique, musical et littéraire, Musée d'Orsay, Paris, 2012, Paris, France. 2012, 〈https://www.musee-orsay.fr/fr/espace-professionnels/professionnels/chercheurs/colloques/archives/presentation-generale/article/le-nord-31946.html?S=1&tx_ttnews%5BbackPid%5D=1153&cHash=74b1100bbe&print=1&no_cache=1&〉. 〈hal-01948048〉

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