Gendarmeries et transitions politiques (Nord de la France, Belgique, 1944-1948)

Abstract : Instaurée sous sa forme moderne par la Révolution – période où elle s’est également implantée dans divers pays d’Europe au gré des conquêtes françaises – , la gendarmerie est une institution de police, d’ampleur nationale et au maillage territorial serré. D’identité militaire, elle est en charge de missions de police judiciaire (réprimer les crimes et délits), administrative (maintenir l’ordre et la sécurité publique), mais également de missions de police aux armées (tâches prévôtales). De par les fonctions que la gendarmerie exerce au cœur de l’État moderne, les soldats de la loi incarnent l’autorité centrale au niveau le plus local. En charge de la répression, titulaires de la violence légitime, les gendarmes sont des agents administratifs qui encadrent et régulent de multiples champs de la vie publique . Par les conditions sociales et de violences qu’elle provoque, la Seconde Guerre mondiale crée des troubles identitaires et fonctionnels profonds au sein des gendarmeries occupées . Alors que le conflit se caractérise par une concurrence exacerbée de l’ordre, il met sous pression les cadres de la légalité et de la légitimité de l’exercice des fonctions publiques. Les libérations, en tant que périodes de transitions politiques, sont de nouveaux épisodes de tensions, où se rétablissent les normes et la confiance mutuelle entre les autorités « démocratiques » de retour aux affaires, les agents de l’État, et la population, en même temps que se normalise le lien social. Ce contexte de transition politique confirme le rôle majeur que jouent les gendarmes au cœur de l’État. À plus d’un titre, ils se définissent à l’été 1944, comme des atouts majeurs des autorités. Ils sont présent sur l’ensemble du territoire et aisément mobilisables. Les gendarmes sont d’abord des bras-armés du pouvoir central, pour garantir l’ordre et la sécurité. Ils participent à l’épuration, doivent contraindre les mouvements de résistance au désarmement pour éviter une mise sous tutelle par les Alliés concentrés sur la perpétuation de l’effort de guerre. Ils sont ensuite au cœur de l’extension des tâches d’un État qui se transforme (police économique, ravitaillement, contrôle des populations, mobilisation économique, …). Mais les difficultés qui entourent les transitions politiques sont nombreuses : les institutions de gendarmerie sont désorganisées et profondément transformées par les occupations subies, que ce soit au plan de l’organisation, des effectifs, ou de la confiance des gendarmes envers leur situation. La libération induit un déficit de confiance et de légitimité au sein des gendarmeries, accentuant un trouble déjà largement présent sous l’Occupation. La crise est plurielle : mais plus que tout, elle interroge les fondements des valeurs professionnelles comme les notions de service, d’obéissance, de respect de la hiérarchie, d’enjeux politiques des tâches effectuées.
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Contributor : Jonas Campion <>
Submitted on : Thursday, July 12, 2018 - 3:00:30 PM
Last modification on : Wednesday, November 28, 2018 - 11:24:09 AM

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  • HAL Id : hal-01836771, version 1

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Jonas Campion. Gendarmeries et transitions politiques (Nord de la France, Belgique, 1944-1948). Robert Vandenbussche (dir.). L'épuration en Belgique et dans la zone interdite (1944-1949), Irhis - U. Lille 3 SHS, 2016, 978-2-905637-72-7. ⟨hal-01836771⟩

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