Tolérance et intolérance des religions, XVIe-XVIIIe siècles

Résumé :

Les actes que nous publions sont ceux d’un colloque qui s’est déroulé à l’Université d’Angers les 29 et 30 septembre 2016 autour de la question de Tolérance et intolérance des religions à l’époque moderne. L’ouverture de cette manifestation tombait le jour de la Saint-Michel, alors comment ne pas évoquer, sur une telle thématique, les évènements qui se sont déroulés à Nîmes le 29 septembre 1567 : la Michelade. Ce massacre perpétré par les protestants, situé entre celui de Wassy et la Saint-Barthélemy, fut décidé pour retirer le consulat de la ville de Nîmes aux catholiques, le premier consul Guy Rochette, n’ayant pas été élu mais désigné par le roi. Les calvinistes, dépossédés des charges consulaires, veulent reprendre le pouvoir et s’emparer de la ville. Ils organisent tout d’abord l’enlèvement des notables, civils, religieux et militaires, pour les emmener au cloître de l’Évêché de Nîmes où ils les mettent à mort. Les victimes sont appelées une par une par un religionnaire et entrent dans le lieu clos, où, après avoir été égorgées à coups de dague ou d’épée, elles sont jetées dans le puits. Les premiers appelés sont Guy et Grégoire Rochette, l’avocat François de Gras et le père Jean Quatreba, prieur des Augustins. Comme dans le massacre de Wassy, les victimes sont prises au piège dans un lieu clos, qui accentue l’inégalité d’un combat perdu d’avance. Les massacres continuèrent à Nîmes et hors de la ville.
Plus de quatre cent cinquante ans plus tard, la question de l’accueil des réfugiés en Europe et les attentats survenus en France, en Allemagne, en Belgique, au Royaume Uni et dans d’autres pays depuis janvier 2015 ont à la fois profondément ému les opinions publiques et sont aussi à l’origine de nombreux débats et tensions dans nos sociétés. Ils ont conduit les sociétés européennes à s’interroger sur les raisons immédiates d’une telle violence et sur les faits passés qui pourraient l’expliquer. Dans l’Europe moderne qui connait tant de violences religieuses entre confessions chrétiennes ou entre chrétiens, juifs et musulmans, les questions de la tolérance et de l’intolérance des religions sont déjà au cœur des débats politiques et religieux.
Chaque intervenant a sa définition de tolérance. Dans le Dictionnaire de Furetière, c’est la « patience par laquelle on souffre, on dissimule quelque chose. La tolérance qu’on a pour les vices est souvent cause de leur augmentation. Souffrir quelque chose, ne s’en pas plaindre, n’en pas faire la punition. Il faut tolérer les défauts de ceux avec qui nous avons à vivre. On tolère à Rome les lieux de débauche, mais on ne les approuve pas. Il faut tolérer les abus quand on ne peut pas les retrancher tout à fait ; tolérer les crimes qu’on ne peut pas punir. »
Le mot français intolérance, dérivé de tolérance, est attesté à la fin du XVIe siècle dans son sens latin : « incapacité à supporter ». Furetière, dans son Dictionnaire universel publié en 1690 ne le relève pas, mais il apparaît dans l’édition posthume de son dictionnaire, publiée à Rotterdam en 1701, édition revue et corrigée par un huguenot français, Henri Basnage de Bauval (1656-1710), qui s’est réfugié aux Provinces-Unies pour y combattre ce que les huguenots ont commencé à nommer intolérance. Ce n’est plus « impatience », mais « refus de supporter, d’avoir des relations avec ceux d’un avis opposé ».
La tolérance des religions, c’est justement le titre de l’ouvrage qu’Henri Basnage de Beauval fait paraître à Rotterdam en 1684. Cet auteur s’interroge sur les rapports entre religions à l’image de nombre de ses contemporains réformés, que ce soit Isaac Papin, Pierre Bayle, Charles Le Cène ou encore Noël Aubert de Versé. Au-delà de la question protestante, l’objectif de cette rencontre est de confronter les auteurs qui réfléchissent sur cette opposition tolérance / intolérance, mais aussi de montrer la diversité des situations dans l’Europe moderne.
L’objectif de ce volume est de comparer différentes expériences autour de trois thématiques : tout d’abord l’étude de textes qui nous mènera principalement en Pologne et en France, puis le rapport entre théories et pratiques à travers des situations européennes, enfin les liens entre les débats actuels et cette question de tolérance et intolérance des religions à l’époque moderne.
 

Type de document :
Ouvrage (y compris édition critique et traduction)
Presses Universitaires de Rennes, 2018, Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 978-2-7535-7491-5. 〈http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=4625〉
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Contributeur : Okina Université d'Angers <>
Soumis le : jeudi 28 juin 2018 - 10:24:01
Dernière modification le : lundi 2 juillet 2018 - 14:35:54

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Didier Boisson. Tolérance et intolérance des religions, XVIe-XVIIIe siècles. Presses Universitaires de Rennes, 2018, Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 978-2-7535-7491-5. 〈http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=4625〉. 〈hal-01825181〉

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