Revers de fortune et hasards heureux. Remarques sur l'iconographie du moment favorable au XVIII e siècle

Résumé : Le moment est, on le sait, une notion capitale de l’érotique du XVIIIe siècle, comme en témoignent exemplairement les romans de Crébillon . Que ces moments favorables prennent la forme de rencontres fortuites ou de divines surprises (balancements d’escarpolette, « hasards du coin du feu », évanouissements opportuns, sommeils profonds…), l’une des règles de l’érotique rococo est que « le plaisir s’y découvre moins par l’effort de la volonté que par une rencontre fortuite ». Or, le moment est aussi une notion clef dans le discours esthétique contemporain. « La peinture n’a qu’un instant » : la réflexion classique sur la comparaison de la poésie (au sens large d’art littéraire) et de l’art pictural n’a guère cessé de rappeler cet axiome, devenu un véritable leitmotiv à l’âge de Lessing et Diderot, au point de s’imposer comme une règle impérieuse et quasi exclusive dans l’esthétique du XVIIIe siècle. Choisir le « moment significatif » (pour reprendre les termes de Lessing), c’est laisser à l’imagination la possibilité de se représenter la suite de l’action, tout en rendant présentes à l’esprit du spectateur les différentes circonstances qui rendent cet instant émouvant. Un tel axiome vaut plus encore pour l’art de l’illustrateur (qui connaît alors une sorte d’âge d’or ), qu’on peut définir alors comme « l’art de choisir la crise ». Pour l’artiste comme pour l’amant, il importe donc de savoir reconnaître la convenance, savoir saisir l’instant, reconnaître le kairos. On conçoit, dès lors, qu’au XVIIIe siècle, les arts visuels se soient plu à représenter la saisie de ces moments favorables : « la peinture fixe un instant. L’esthétique rococo veut que cet instant pictural ait son éloquence particulière, qu’il retienne la pointe aiguë d’une situation fugitive, qu’il figure une occasion ». C’est à quelques figurations de ces occasions qu’on voudrait s’intéresser ici, en faisant apparaître la sourde violence qui les traverse. La topique littéraire du moment favorable postule, en effet, une heureuse vulnérabilité des corps à la toute-puissance du hasard. Mais cet abandon euphorique aux pouvoirs de l’occasion est travaillé par une tension secrète (souvent déniée par les textes, mais que l’image semble laisser transparaître plus volontiers), ces heureux hasards n’étant, en réalité, que le retournement de revers de fortune en sources de jouissance. Afin de mettre en lumière cette violence sous-jacente, on distinguera trois modalités de cette partie liée du revers de fortune et du moment favorable au XVIIIe siècle : l’égarement ; le faux pas (ou la chute) ; l’intempérie.
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Revers de fortune. Les jeux de l’accident et du hasard au XVIIIe siècle, éd. Ch. De Carolis, Fl. Ferran, D. Gambelli et Fl. Mariotti, Bulzoni, 2009, 9788878704398
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Contributeur : Christophe Martin <>
Soumis le : jeudi 12 avril 2018 - 13:54:34
Dernière modification le : vendredi 16 novembre 2018 - 01:58:02

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Christophe Martin. Revers de fortune et hasards heureux. Remarques sur l'iconographie du moment favorable au XVIII e siècle. Revers de fortune. Les jeux de l’accident et du hasard au XVIIIe siècle, éd. Ch. De Carolis, Fl. Ferran, D. Gambelli et Fl. Mariotti, Bulzoni, 2009, 9788878704398. 〈hal-01764845〉

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