Dramaturgies internes et manipulations implicites dans La Surprise de l’amour, La Seconde Surprise de l’amour et Le Jeu de l’amour et du hasard

Résumé : Une des caractéristiques de la dramaturgie marivaudienne est, on le sait, de fonctionner sur un « double registre », selon la formule célèbre de Jean Rousset : d'un côté, « la cécité des coeurs épris sans le savoir », de l'autre « la clairvoyance démasquante et traductrice des personnages spectateurs et leur vision anticipatrice », fonction dévolue à certains personnages qui gravitent autour des couples à constituer : « c'est aux personnages latéraux que sera réservée la faculté de " voir " , de regarder les héros vivre la vie confuse de leur coeur. Ils ausculteront et commenteront leurs gestes et leurs paroles, ils interviendront pour hâter ou retarder leur marche, faire le point d'une situation toujours incertaine, interpréter des propos équivoques. Ce sont les personnages témoins, […] délégués indirects du dramaturge dans la pièce. De l'auteur, ils détiennent quelques uns des pouvoirs : l'intelligence des mobiles secrets, la double vue anticipatrice, l'aptitude à promouvoir l'action et à régir la mise en scène des stratagèmes et comédies insérés dans la comédie ». Si le principe de cette bipartition du personnel dramatique des comédies de Marivaux est assez net (encore que certains personnages puissent passer d'une catégorie à l'autre, comme la Silvia du Jeu, qui rejoint le groupe des observateurs et des meneurs de jeu à partir de l'acte III), si sa pertinence pour caractériser globalement le fonctionnement de la dramaturgie marivaudienne ne fait guère de doute, il semble qu'on ne se soit pas suffisamment interrogé sur les variations et la portée exacte de ce phénomène certes structurant, mais qui connaît des modalités très diverses selon les pièces. L’examen de ce que l’on peut appeler, à la suite de Jean Rousset, la fonction Scapin dans les deux Surprises de l’amour et dans Le Jeu de l’amour et du hasard ne manque pourtant pas d’intérêt. C’est d’abord l’occasion d’observer la diversité des figures marivaudiennes de meneurs de jeu : comme l’attestent le Baron de la première Surprise et surtout M. Orgon dans le Jeu, ils n’appartiennent pas tous à la classe des valets et des soubrettes, alors qu’ils sont pourtant les héritiers des maîtres fourbes de la tradition italienne. Cette diversification « sociale » s’accompagne d’un renouvellement très profond de la « fonction Scapin » elle-même : contrairement à la tradition italienne et moliéresque (prolongée plus tard par Beaumarchais avec le Figaro du Barbier de Séville), cette fonction dramaturgique a pour objet, chez Marivaux, de produire le sentiment amoureux ou du moins d’en faciliter l’aveu, et non de le préserver d’une menace extérieure. Mais les trois pièces du corpus permettent surtout de mesurer l’extension du phénomène de délégation dramaturgique dans le théâtre de Marivaux, sous des formes d’autant plus remarquables qu’elles sont plus discrètes, ou plus ambiguës.
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Pierre Frantz. Jeu et surprises de l’amour, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, pp.53-71, 2009, 2840506718
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Christophe Martin. Dramaturgies internes et manipulations implicites dans La Surprise de l’amour, La Seconde Surprise de l’amour et Le Jeu de l’amour et du hasard. Pierre Frantz. Jeu et surprises de l’amour, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, pp.53-71, 2009, 2840506718. 〈hal-01764834〉

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