Une parole “soufflée” : quelques remarques sur les dialogues de Cocteau pour les Dames du Bois de Boulogne de Bresson

Résumé : S'intéresser aux dialogues signés par Cocteau pour Les Dames du Bois de Boulogne constitue à bien des égards une gageure. Car si les dialogues du film de Bresson sont assurément célèbres, si certaines répliques sont même passées à la postérité , le paradoxe est que celui qui s'en trouve crédité au générique voit son rôle généralement occulté, souvent même explicitement dénié. Dès la sortie du film, l'opinion la plus répandue est que la part de Cocteau dans le film est visiblement « mince », pour reprendre les termes de François Chalais. Il ne s’agira nullement ici de renverser la perspective et de démontrer que la réussite du film tiendrait en réalité essentiellement à l’influence déterminante du travail de Cocteau. Un tel paradoxe n’aurait d’ailleurs pas même le mérite de la nouveauté puisqu’il a déjà été soutenu, dès 1954, par François Truffaut. Selon Truffaut, si le rôle de Bresson n’est pas tout à fait « négligeable », la part de Cocteau est « celle du lion » : « dès la première réplique, sa griffe est là. » Mais à vouloir discerner la marque spécifique de Cocteau dans telle ou telle réplique du film, on risque fort de se perdre en impressions vagues et en conjectures invérifiables tant Bresson fut visiblement soucieux de ne jamais perdre le contrôle du travail de récriture du texte de Diderot. Que Bresson ait fait appel à Cocteau, voilà qui, en dépit du caractère indécidable de cette intervention, ne nous semble pourtant nullement indifférent. Qu’est-ce qui, au-delà de toute considération circonstancielle, a pu inciter Bresson à solliciter cette collaboration ? Quels principes esthétiques ce choix révèle-t-il dans le projet d’adaptation du texte de Diderot ? Telles sont les questions qu’on voudrait poser ici, en faisant l’hypothèse que le plus grand mérite de Cocteau est peut-être moins d’avoir laissé sa « griffe » sur le film que d’avoir accepté de fournir un travail conduisant en réalité à une double dépossession puisqu’il s’agissait, en amont, de se mouler dans le texte de Diderot et, en aval, de se mettre au service d’une œuvre à venir dont le projet lui échappait absolument.
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revue des lettres modernes: série Jean Cocteau, Minard, 2008, pp.53-71
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Contributeur : Christophe Martin <>
Soumis le : jeudi 12 avril 2018 - 13:18:41
Dernière modification le : mercredi 18 avril 2018 - 01:24:52

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Christophe Martin. Une parole “soufflée” : quelques remarques sur les dialogues de Cocteau pour les Dames du Bois de Boulogne de Bresson. revue des lettres modernes: série Jean Cocteau, Minard, 2008, pp.53-71. 〈hal-01764768〉

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