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Marche-loisir et marche-déplacement : une dichotomie persistante, du romantisme au fonctionnalisme

Résumé : Le retour ou le renouveau de la marche en ville, voire la revanche du piéton, sont devenus depuis une quinzaine d'années un thème récurrent dans des discours de différentes natures. Sans prétendre à l'exhaustivité, ce constat de départ s'appuie sur la cohérence de représentations hétérogènes dont les auteurs soulignent les dimensions positives de la marche en termes d'émotion, de santé, d'impact environnemental ou d'interactions sociales, et souhaitent qu'elle prenne plus de place dans l'expérience de tous les jours. Nous verrons que ces sources concentrent leur attention sur la marche-loisir, forme particulière de marche à pied qui a la caractéristique d'être une activité choisie et auto-justifiée car réalisée pour elle-même. Représentée en détail et par une abondance de termes (promenade, visite, balade, randonnée, trekking, etc.), la marche-loisir monopolise non seulement l'attention des médias, de l'intelligentsia ou des forums de discussions mais aussi les investissements des institutions associatives ou des collectivités locales. Inversement, la marche-déplacement est singulièrement absente dans les discours des acteurs ci-dessus. Omniprésente dans la vie quotidienne, cette activité est exo-justifiée car elle est pratiquée pour des raisons qui lui sont externes : le déplacement pédestre n'est que le moyen de se rendre à un endroit pour y réaliser quelque chose qui n'a rien à voir avec la marche. Souvent, marcher n'est pas la conséquence d'un choix mais simplement le seul moyen de faire quelque chose, sans élaborer à ce sujet de représentations explicites : nous utilisons cette façon de mettre un pied devant l'autre sans en parler et sans y penser, de façon inconsciente ou « naturelle ». A partir d'un corpus, centré sur la France, de représentations de la mobilité pédestre de l'Ancien Régime à nos jours, le premier objectif de cet article est de réinsérer l'actuel regain d'intérêt pour la marche dans une histoire longue, en montrant que cet intérêt puise dans une approche élitiste du loisir. Ensuite, nous verrons que l'opposition loisir-déplacement renforce une dichotomie problématique entre deux territoires de la marche que l'urbanisme et l'aménagement contemporain contribuent à déconnecter l'un de l'autre. En effet, les politiques de promotion de la marche se limitent essentiellement à organiser des espaces dédiés à différentes formes de loisir comme les rues piétonnes des centres historiques ou les espaces dits « verts » ou « naturels » (berges et rivages, forêts et montagnes, etc.). Cette analyse permettra de conclure que le « renouveau » de la marche aura un impact limité tant que les nécessités du déplacement pédestre dans les espaces majoritaires de la ville industrielle et fonctionnaliste du 20e siècle ne seront pas sérieusement pris en compte.
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01687568
Contributor : Jérôme Monnet Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, January 18, 2018 - 3:36:51 PM
Last modification on : Wednesday, November 3, 2021 - 9:25:47 AM
Long-term archiving on: : Wednesday, May 23, 2018 - 11:12:16 PM

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Jérôme Monnet. Marche-loisir et marche-déplacement : une dichotomie persistante, du romantisme au fonctionnalisme. Sciences de la Société, Presses universitaires du Midi, 2016, pp.75-89. ⟨hal-01687568⟩

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