« Catherine Millet aux frontières du témoignage »

Résumé : À partir d'un texte comme celui de Catherine Millet, on voudrait aborder la question du genre littéraire dans une perspective énonciative : le je qui s'énonce est au sens fort de l'expression une non-personne, c'est-à-dire ni un masque, ni une identité. Le texte procède de l'expérience du nombre, c'est-à-dire, en l'occurrence, d'une pratique sexuelle suspectée, tenue pour répréhensible. Sous l'effet de cette fascination pour le nombre (le mot s'entend ici comme une abstraction quasi théologique, irréductible à une simple quantification), le récit transforme un sujet socialement identifiable (Catherine Millet, auteur du livre) en un sujet erratique, sans feu ni lieu (Catherine M.). À la fois défini, voire épuisé par ce qui lui advient et qu'il raconte, il éprouve cependant le sentiment de ne pouvoir (ni même vouloir) coïncider avec son expérience. Cette distance ou cette césure autorise la médiation littéraire. De même que les travestis ou les transsexuels se jouent des frontières entre les sexes, La Vie sexuelle de Catherine M. fait partie de ces récits contemporains au genre indécidable : autobiographie, confession, témoignage ou récit érotique ? Sa littérarité même fait débat, nourrit des polémiques, signe précisément qu'un nouvel objet littéraire s'impose sur la scène médiatique. Si singulière soit-elle, la démarche de Catherine Millet n'est pourtant pas isolée. On peut penser à cette déclaration d'Annie Ernaux : « Raconter ma vie serait d'une fausseté totale. Je suis un sujet à qui il arrive des choses. Ce sont ces choses qui doivent être décrites. Mes livres, c'est la fusion la plus étroite possible du collectif et de l'individuel.» Le passage des verbes «raconter» à «décrire» est symptomatique non d'un refus du narratif, mais de son réaménagement sous la pression de «l'événement» vécu et assumé. En transformant le récit de sa vie en «conte», Catherine Millet déréalise et exorcise le «regard qu'[elle] porte sur [elle]-même et les images que d'autres font, se font, [d'elle] ». Pour Catherine Millet, cette mise à distance littéraire des images aliénantes coïncide avec la «vérité même». En quoi consiste-t-elle ?
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Contributor : Stephane Chaudier <>
Submitted on : Thursday, January 4, 2018 - 3:48:37 PM
Last modification on : Tuesday, July 3, 2018 - 11:35:10 AM
Long-term archiving on : Thursday, May 3, 2018 - 3:40:12 AM

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Stéphane Chaudier. « Catherine Millet aux frontières du témoignage ». M. Stistrup-Jensen et M.-O. Thirouin. Frontières des genres : migrations, transferts, transgressions, Presses universitaires de Lyon, p. 173-183., 2005, 978-2-7297-0775-0. ⟨hal-01675575⟩

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