Ethique

Résumé : Les domaines d'action concernés par les éducations à… sont des questions socialement vives (paix, vivre ensemble, santé, environnement, développement durable…). Ils sont situés au plus près des pratiques sociales, ils renvoient non pas à un corpus de savoirs académiques bien défini mais sont issus de compromis politiques à moment donné. Ils se réfèrent à une diversité de champs scientifiques, juridiques, économiques et sont l'objet de controverses i. Ne relevant pas d'un consensus universellement reconnu, les apprentissages dans ce domaine se doivent d'être explicités, justifiés. Plus largement, les éducations à … s'inscrivent dans une volonté de changement social (refondation d'une identité collective, émergence d'une citoyenneté durable, rapprochement de l'école avec le monde économique…), ils répondent à une commande politique dirigée vers l'école. Cette commande ne relève pas simplement de la transmission d'une culture mais également d'une démarche de transformation de cette culture. L'école est ici perçue comme un levier de transformation au service d'une vision de la citoyenneté pour aujourd'hui et pour demain. La mise en place des éducations à … n'est ainsi pas sans poser de questions qui constituent autant de défis à relever. Des enjeux éthiques Pour les professionnels impliqués dans les éducations à…, les questions sont nombreuses. Sur quoi fonder la légitimité des éducations à… ? Qu'est ce qui la motive ? Quelle place pour la diversité culturelle ? A quelle vision du bien commun, du rôle des pouvoirs publics ces éducations à… se réfèrent-elles ? Qui décide de ce qui doit être promu ou proscrit ? Quel statut donne-ton à la personne « sujet » ou « objet » du travail sur la violence, le développement durable, la santé ou l'économie ? Comment la démarche éducative est-elle garante de la liberté de disposer de soi, de l'autonomie des individus notamment des plus vulnérables ? En quoi telle activité éducative est-elle acceptable ? Emergent ainsi des problématiques éthiques et épistémologiques relatives à la légitimité de l'Ecole à intervenir sur des questions socialement vives et à la nature de ce qui est transmis, leur cohérence, le cadrage national, (risque d'instrumentalisation de l'Ecole, poids des lobbyings, pertinence et universalité des choix de contenu, le lien aux disciplines…). Au delà de la question de la légitimité, émergent aussi celles de la place de la personne dans le processus éducatif et des approches et méthodes mises en oeuvre. Autant de questions qui appellent des réponses car les éducations à… ne sont pas neutres. Le fait que les comportements individuels (choix de consommation, rapport au milieu…) voire intimes (santé) soient l'objet d'une éducation ne peut manquer d'interroger sur la place de la personne et de sa liberté dans le dispositif ou sur les référents idéologiques qui conditionnent les choix. D'une façon générale, on peut considérer que les éducation à…. constituent une entreprise d'acculturation dont le mandat serait de promouvoir une nouvelle morale, les valeurs véhiculées par une culture sociale, environnementale ou sanitaireii. La question se pose de savoir qui définit ces valeurs, dans quelle mesure il est légitime de les promouvoir et quel doit être le rôle des enseignants et des autres professionnels dans ce projet. Ce qui pose les problèmes les plus difficiles à résoudre ce n'est pas le fait que toute action d'éducation à… renvoie à des choix idéologiques ni même l'existence de conflits de valeur mais bien la négation de leur existence. En effet, pour certains auteurs, tout est aujourd'hui consensuel : interroger la pertinence et les modalités de l'éducation à la santé (référée à la fois aux données épidémiologiques et à un projet de développement individuel et social) ou de développement durable (la planète est en danger…), de vivre ensemble (il faut lutter contre le communautarisme…) serait l'acte de vils réactionnaires ou de parfaits idiots. Ainsi, à partir du moment ou une liste de comportements et de facteurs environnementaux comme étant « à risque pour la santé, la planète ou le vivre ensemble » est établie, non seulement l'intervention serait éthiquement acceptable par définition mais elle serait un devoir. A notre avis, une démarche d'éducation à… accède à un statut éthique non pas dans la mesure où elle évite tout dilemme mais plutôt si elle permet de développer une véritable conscience des enjeux éthiques qu'elle soulève. Trois types de questionnements Dans cette partie, nous prendrons l'exemple de l'éducation à la santé. Il est possible de baliser le champ problématique, de l'organiser autour de trois pôles : les questions liées à la légitimité de l'intervention, celles relatives à la place de l'individu dans le dispositif et enfin les questions générées par la nature des pratiques et méthodes mises en oeuvre. Il ne s'agit en aucune façon de signifier que toutes les questions posées rentrent dans ces cadres mais de tenter une expression, la plus intelligible possible, de la complexité du champ. Interroger sa pratique au travers de ces axes ou à l'aide de grilles d'analyse iii peut contribuer à faire avancer la réflexion. Légitimité Place de la personne Approches et méthodes
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DICTIONNAIRE CRITIQUE Des enjeux et concepts des "éducation à", 2017
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Contributeur : Didier Jourdan <>
Soumis le : mercredi 4 avril 2018 - 15:44:15
Dernière modification le : mardi 10 avril 2018 - 09:09:17

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Didier Jourdan. Ethique. DICTIONNAIRE CRITIQUE Des enjeux et concepts des "éducation à", 2017. 〈hal-01672931〉

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