Navetteurs et fuites de salaires: ampleur et disparités dans les zones d'emploi en France entre 1999 et 2012

Abstract : L'économie régionale s'intéresse le plus souvent à des économies faiblement intégrées. Leur fonctionnement est ainsi fortement tributaire des équilibres et déséquilibres qu'elles entretiennent avec l'extérieur, et ce, pour une grande variété de flux économiques (de personnes, de revenus, de dépenses...). D'important enseignements ont été apportés en ce sens, notamment par le prisme de la théorie de la base (par exemple, Aydalot, 1985 ; Davezies, 2005, 2008 ; Dissart & Vollet, 2011 ; Krikelas, 1992 ; Segessemann & Crevoisier, 2016 ; Thiebout, 1956, Williams, 1997). Selon cette théorie, le niveau d'activité économique dépend invariablement de la capacité d'une région à capter des richesses produites ailleurs (commerce interrégional, accueil de résidents financièrement autonomes, tourisme et commerce de passage...) et à les faire efficacement circuler en interne (i.e. effet d'entraînement ou effet multiplicateur de revenu). Sur ce dernier point, la valeur du multiplicateur est d’autant plus fort que les fuites sont faibles (Marlier et al., 2015 ; Poinsot & Ruault, 2016 ; Ruault, 2014 ; Vollet, 2012). Trois types de fuites sont généralement distinguées : i. la consommation des résidents à l’extérieur de leur territoire de résidence ; ii. les importations de biens et services ; iii. les revenus versés aux non-résidents soit sous forme de salaire, soit de profit. Alors que les deux premiers types de fuite ont fait l’objet de travaux récents (Chabanel & Florentin, 2016 ; Koning & al., 2015 ; Pecqueur & Talandier, 2011 ; Ruault, 2014), la littérature scientifique sur le dernier est plus étroite. Dans cet article, nous cherchons à qualifier l'origine et l’ampleur des fuites salariales par rapport à l’ensemble des salaires versés dans chaque zone d’emploi. Il s'agira notamment de comprendre quels sont les secteurs d'activité et les types de poste qui alimentent cette fuite ou encore s'il s'agit d'une fuite des hautes ou des basses rémunérations. Par ailleurs, nous souhaitons interroger les disparités régionales de ces fuites, en les confrontant aux niveaux de rémunérations et à la structure économique des zones d’emploi, afin d’identifier différents profils d’économies régionales. Si plusieurs auteurs conviennent que la progression des conditions salariales intervient comme facteur d'attractivité et de croissance régionale (Clark et Hunter, 1992 ; Hansen et Niedomysl, 2009 ; Scott, 2010), nous nous interrogeons en retour sur la magnitude et l'origine des fuites de masse salariale dans les disparités régionales des salaires versés pour chaque zone d’emploi. À partir des Déclarations Annuelle de Données Sociales (DADS) fournies par l’INSEE et mis à disposition par le Réseau Quetelet, nous analysons les salaires versés aux actifs navetteurs, c’est-à-dire aux travailleurs qui ne résident pas dans la zone d’emploi considérée. Les DADS doivent être remplies par l’ensemble des entreprises ayant des salariés et permettent d’avoir de l’information sur les salaires versés. Seules sont absentes les données relatives aux particuliers employeurs, aux activités extraterritoriales et aux établissements de la fonction publique de l’Etat. La zone d’emploi a été retenue dans ce travail comme maille géographique. Elle est construite par l’INSEE, de sorte à définir des zones adaptées à l’analyse du marché du travail : elle concentre au moins 5 000 emplois et délimite des ensembles cohérents dans lesquels se concentrent les mobilités domicile-travail. De cette sorte, ce découpage nous permet de déterminer un minimum des fuites salariales possibles entre ces zones d’emplois, dont l’ampleur et les caractéristiques restent à définir. Les DADS à l’échelle des zones d’emploi ont déjà fait l’objet de plusieurs travaux comme par exemple sur l’évolution des inégalités salariales (Combes et al., 2003, 2008) ou encore sur les disparités salariales à l’intérieur d’une région particulière (INSEE, 2000 ; Blanc et al., 2005). Toutefois, l’analyse des DADS au regard des fuites salariales n’a, à notre connaissance, pas l’objet de travaux récents et approfondis. Une fois déterminée l’ampleur des fuites salariales au regard de l’ensemble des salaires versés pour chaque zone d’emploi, nous chercherons à caractériser plus finement les types de territoire, par exemple d’après leurs structures économiques ou encore le salaire moyen versé, qui connaissent les fuites salariales les plus importantes. Par ailleurs, l’analyse de ces fuites à partir de trois points dans le temps – 1999, 2007 et 2012 – nous permet d’aborder l’évolution des fuites au regard du potentiel allongement des distances entre lieu de résidence et lieu d’emploi.
Type de document :
Communication dans un congrès
54ème colloque de l'ASRDLF, Jul 2017, Athènes, Grèce
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Contributeur : Philippe Poinsot <>
Soumis le : lundi 18 septembre 2017 - 12:38:40
Dernière modification le : mardi 13 février 2018 - 09:54:01

Identifiants

  • HAL Id : hal-01589216, version 1

Citation

Christophe Mimeur, Philippe Poinsot, L Proulhac, Jean-François Ruault, Laurent Terral. Navetteurs et fuites de salaires: ampleur et disparités dans les zones d'emploi en France entre 1999 et 2012. 54ème colloque de l'ASRDLF, Jul 2017, Athènes, Grèce. 〈hal-01589216〉

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