Le paysage nocturne de montagne, nouvelle identité visuelle et outil d’action collective pour des territoires en transitions ?

Résumé : Les « paysages nocturnes » sont de plus en plus mobilisés comme biens environnementaux à part entière par les territoires ruraux de faibles densités. À travers la « qualité de la nuit » et « l’accès au ciel étoilé », c’est bien la dimension nocturne des aménités paysagères qui est désormais placée au cœur de plusieurs politiques de protection de la nature à travers le monde (Charlier & Bourgeois, 2013 ; Bénos et al., 2015). Ces politiques sont souvent accompagnées de processus de mise en réserve et de labellisation de territoires garants d’un accès privilégié à la « nuit noire » et aux « ressources environnementales nocturnes », loin des nuisances et pollutions lumineuses (Challéat, 2010 ; Challéat & Lapostolle, 2014). Elles soulignent une tendance au développement d’activités récréatives « de la nuit » – c’est-à-dire d’activités prenant comme support la nuit « naturelle » et comme objets les phénomènes et transformations de l’environnement qui lui sont liés (ciel étoilé, phénomènes célestes, bruits de la faune nocturne, immersion multi-sensorielle dans l’obscurité, etc.) – en marges d’activités récréatives « dans la nuit » – activités se déroulant durant la période nocturne mais n’ayant pas pour objets spécifiques des attributs « naturels » de la nuit ou de l’obscurité. Ces dernières sont bien connues et constituent, que l’on se trouve en ville ou non, le cœur d’une offre récréative nocturne classique. Les premières, quant à elles, se rencontrent souvent en zones de montagne, fuyant l’artificialisation de l’espace-temps nocturne par l’éclairage urbain. Ces activités de la nuit requièrent – et donc recherchent – des espaces de forte naturalité de l’environnement nocturne. Elles nécessitent une attention et un regard particuliers portés sur l’espace environnant et participent ainsi de la construction d’une catégorie paysagère à part entière : les paysages nocturnes. Notion fortement travaillée en géographie, le paysage connaît plusieurs acceptions et est donc appréhendé de multiples façons, que ce soit par des approches quantitatives qui tentent de l’objectiver, ou qualitatives qui en font un perçu multisensoriel. Cette dimension sensible du paysage semble faire aujourd’hui consensus (Musard, Fournier & Marchand, 2007). La Convention européenne du paysage définit d’ailleurs son objet comme étant « une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations » (Convention européenne du paysage, 2000, Article 1 – Définitions). La notion de « paysage nocturne » peut ainsi apparaître comme un contresens : ni le ciel étoilé ni les objets et phénomènes célestes (voie lactée, aurores boréales, éclipses, pluies d’étoiles filantes, levers et couchers de soleil, etc.) ne peuvent être considérés comme « une partie de territoire », alors même que la production iconographique paysagère contemporaine, s’appuyant fortement sur les nouvelles technologies de prise de vue (imagerie numérique, timelapses, nightscapes, etc.), popularise ces marqueurs puissants de l’environnement nocturne qui conditionnent l’attrait paysager de certains territoires (Dupuy et al., 2015). Pourtant, depuis peu, certains territoires usent de l’empaysagement (Debarbieux, 2007) de la nuit pour accompagner des actions de réduction des nuisances et pollutions lumineuses, suivant le paradigme de la transition (énergétique, touristique). Ces initiatives constituent pour certains territoires des opportunités de développement touristique et de dynamisme territorial. En effet, l’engagement des territoires dans une démarche de transition énergétique et les économies financières générées par la maîtrise de la demande en électricité rejoignent ici la valorisation des nouveaux produits touristiques (Lapostolle et al., 2016). Des nouveaux périmètres pour les politiques de protection environnementale aux processus de patrimonialisation et de mise en tourisme des sites astronomiques et du ciel étoilé lui-même, ces tendances questionnent le chercheur et le praticien sur l’objet « paysage nocturne », qui semble être tout à la fois régime de justification de l’action et notion opportune pour étudier les façons dont la nuit des espaces ruraux est inventée, utilisée, fréquentée et représentée, participant ainsi de la fabrique de territorialités nocturnes inédites, et cessant d’être un « territoire du vide » (Corbin, 1988). La communication s’appuie sur les processus observées dans trois terrains d’étude du Collectif RENOIR (https://renoir.hypotheses.org ; dans le cadre d’un programme de recherche financé par la Région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée) : la Réserve Internationale de Ciel Étoilé du Pic du Midi de Bigorre (Pyrénées), le Parc National des Cévennes et les Alpes du Sud.
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01564915
Contributor : Samuel Challéat <>
Submitted on : Wednesday, July 19, 2017 - 11:33:34 AM
Last modification on : Thursday, June 6, 2019 - 2:39:44 PM

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  • HAL Id : hal-01564915, version 1

Citation

Samuel Challéat, Pierre-Olivier Dupuy, Dany Lapostolle. Le paysage nocturne de montagne, nouvelle identité visuelle et outil d’action collective pour des territoires en transitions ?. La montagne, territoire d’innovation - Session “Représenter la montagne. Des images et des cartes pour agir sur les territoires”, LabEx ITEM, Jan 2017, Grenoble, France. ⟨hal-01564915⟩

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