Ce que le texte donne à voir : le cas des manuscrits de Thoreau sur les fruits sauvages

Résumé : Longtemps demeurés invisibles pour les lecteurs du fait de leur publication tardive dans les années 1990, les textes inachevés que Henry David Thoreau a consacrés aux graines et aux fruits sauvages à la fin de sa vie ont aussi constitué, jusqu’à une période récente, un point aveugle de la critique. D’abord négligés pour leur contenu en apparence purement factuel et leurs listes déroutantes d’espèces végétales, ils font l’objet depuis une quinzaine d’années de nombreuses relectures. On s’intéresse ici non seulement au texte de Thoreau lui-même, mais aussi aux questions que soulève cette récente attention critique. Le travail de mise au jour du texte thoreauvien et de ses potentialités pourrait être lu comme le pendant de l’œuvre d’éclaircissement que Thoreau lui-même entend accomplir dans ces manuscrits, où il attire le regard sur des phénomènes auxquels personne ne prête attention. De même que l’écrivain s’efforce de mettre en lumière la luxuriance du monde naturel qui se cache sous nos yeux, la tâche du critique consisterait ainsi à révéler la richesse de sens des strates du texte : strates interprétatives d’un texte aux dimensions multiples, mais aussi strates palimpsestiques d’un manuscrit couturé, constitué de fragments textuels dont l’assemblage est à la fois problématique (choix arbitraires de l’éditeur) et indispensable à une lecture cohérente. Est-ce à dire que tout dans ces textes et dans l’histoire de leur réception critique tend vers la lumière et la disparition de toute zone d’ombre ? Rien n’est moins sûr. L'enjeu est d'abord de mettre au jour la façon dont ces textes composites « font » sens, en montrant comment ces fragments longtemps restés dans l’ombre s’efforcent de mettre le monde en lumière. Par la même, il s’agit cependant aussi de s’interroger sur l’arrivée de ces textes sous les projecteurs de la critique thoreauvienne : s’ils paraissent aujourd’hui si riches, est-ce parce qu’on y met au jour quelque chose qui n’y avait pas été vu ou bien parce qu’on y projette rétrospectivement un sens absent ? La question se pose par exemple quand les dates de composition des fragments semblent tracer un lien entre la cueillette de quelques baies et le contexte plus large de la lutte abolitionniste : la description des fruits sauvages semble s’inscrire soudain dans la fabrique du politique. Il est tentant de mettre en lumière cette apparente histoire secrète du texte, mais la validité d’une telle interprétation se révèle en réalité immédiatement problématique. Le texte résiste à un éclaircissement total. La mise en lumière de ses replis enténébrés ouvre ainsi elle-même de nouvelles zones d’ombres.
Type de document :
Communication dans un congrès
Chantiers d'Amérique, May 2016, Toulouse, France. 〈http://blogs.univ-tlse2.fr/congres-afea-2016/〉
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Contributeur : Julien Nègre <>
Soumis le : lundi 5 décembre 2016 - 17:06:12
Dernière modification le : dimanche 15 octobre 2017 - 22:44:16

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Julien Nègre. Ce que le texte donne à voir : le cas des manuscrits de Thoreau sur les fruits sauvages. Chantiers d'Amérique, May 2016, Toulouse, France. 〈http://blogs.univ-tlse2.fr/congres-afea-2016/〉. 〈hal-01409188〉

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